« Willy 1er », de Ludovic et Zoran Boukherma, Marielle Gautier et Hugo P. Thomas (Acid)

Christophe Kantcheff  • 15 mai 2016
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« Willy 1er », de Ludovic et Zoran Boukherma, Marielle Gautier et Hugo P. Thomas (Acid)
© D.R.

Coup de mou dans la compétition après un beau départ. Mademoiselle, du Coréen Park Chan-Wook, American Honey, de la Britannique Andrea Arnold et Mal de pierres, de Nicole Garcia, ont des faiblesses différentes mais ont cette caractéristique commune d’être conventionnels. Au contraire, à l’Acid, on présente un film étonnant, Willy 1er, qui n’a pas moins de quatre co-réalisateurs : Ludovic et Zoran Boukherma, Marielle Gautier et Hugo P. Thomas.

Willy est incarné par Daniel Vannet. Le comédien ne passe pas inaperçu même s’il n’a pas exactement le même profil que Ryan Gosling. Acteur non professionnel, il était encore illettré il y quelques années. Licencié par son patron au bout de 23 ans, qui l’employait à plein temps mais le payait à moitié, Daniel Vannet a appris à lire et écrire grâce à l’association Des mots et des merveilles. Au gré d’un reportage sur celle-ci, il est repéré par Hugo P. Thomas, Ludovic et Zoran Boukherma, des élèves de l’école de Luc Besson (!), et réalisent avec lui deux courts métrages, pour lesquels Daniel Vannet a reçu en 2015 le prix d’interprétation au festival de Clermont-Ferrand. Le trio, auquel Marielle Gautier s’est adjointe, a embrayé avec un projet de long, toujours avec leur acteur fétiche : c’est Willy 1er.

Willy et Michel sont des jumeaux d’une cinquantaine d’années, fragiles psychologiquement, vivant encore chez leurs vieux parents. Malgré leur grand attachement, Michel, déprimé, se donne la mort. Cette disparition laisse Willy désemparé, comme ses parents, qui ne trouvent pas mieux à dire à leur fils qu’ils vont le placer dans une institution spécialisée. Toute l’intrigue va ainsi se focaliser sur les capacités de Willy à réagir à cette situation qui le met en danger.

Willy 1er est un film d’apprentissage. Tout d’abord, apprentissage, de la part de Willy, de la mort de son frère, le manque pouvant se transformer en présence virtuelle bienveillante (la figure de Michel lui apparaît de temps en temps, à laquelle il s’adresse). Apprentissage ensuite de son autonomie. Sa curatrice (Noémie Lovsky) insiste sur cette notion qui l’effraie, tant le fait de ne déprendre que de lui-même lui paraît impossible. Avoir un travail, un scooter, un appartement, des amis : voilà les différents défis qui l’attendent.

C’est dans la relation à l’autre que se situe la plus grande difficulté de Willy, habitué depuis des décennies à vivre en circuit fermé avec son frère, et plutôt frustre quant aux codes sociaux. Tournant le dos au conte, les réalisateurs n’ont pas choisi d’édulcorer les situations. Si, à tous les sens du terme, Willy s’urbanise – dans la ville d’à côté, Caudebec-en-Caux – la petite sociabilité dans laquelle il parvient à s’insérer n’est pas toujours tendre avec lui et profite parfois de sa naïveté. Mais tous sont des cabossés de la vie, notamment l’autre Willy du film (Romain Léger), un collègue de travail de « Willy 1er », un peu en marge parce qu’homosexuel dont l’ami est mort quelques années auparavant.

Daniel Vannet, qui impose une sacrée présence, mêle brusquerie et sensibilité dans son jeu, et des pointes d’humour, offrant une réelle complexité à son personnage. Le film, juste quant à son regard sur un milieu très populaire en souffrance, dessine le parcours d’un homme à qui rien n’était donné d’avance, et qui entreprend la conquête de lui-même.

Temps de lecture : 3 minutes
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