La Cimade dénonce l’échec des politiques migratoires européennes

Face à l’ampleur de la crise migratoire, l’association dénonce les conséquences d’une politique européenne menée «à la frontière du droit», et des mécanismes de contrôle érigés en «système» fait de «morts, murs, tri et troc».

Partager :
La Cimade dénonce l’échec des politiques migratoires européennes
© Photo : STEPHANIE SCHUSTER / DPA

Dans un rapport d’observation publié ce jeudi 2 juin, La Cimade, service œcuménique d’entraide, dresse un bilan à charge sur les conséquences des politiques migratoires européennes. Exécutées dans la violence, ces mesures tendent, selon elle, à «criminaliser le fait migratoire et les personnes». Réalisé grâce à un travail de terrain en collaboration avec plusieurs associations, «Frontières européennes, défense d’entrer ?» alerte sur les échecs de cette politique et exhorte les États membres de l’UE de cesser l’intensification de ces logiques répressives à l’encontre des migrants.

Dossier à lire >> Europe : Le retour des murs

«Jusqu’où ira la démission morale d’une Europe en crise?»

Aux portes de l’Europe, les murs continuent de s’ériger et les mesures sécuritaires ne cessent de croître. Blocage, tri, mise à l’écart, ou externalisation, tout est fait par l’Union européenne, comme par les dirigeants des États membres, pour empêcher les migrants d’entrer sur le territoire. Loin de dissuader ceux qui fuient leurs pays d’origine, ces logiques contraignent les réfugiés à chercher de nouvelles voies de passages, au péril de leur vie. Des mécanismes qui entretiennent par la même occasion les réseaux de passeurs. Mais «jusqu’où ira la démission morale d’une Europe en crise?», s’est donc interrogé Jean-Claude Mas, le secrétaire général de La Cimade, dans son éditorial.

Dans l’intention de dénoncer l’échec de cette politique de repli, qui va à l’encontre du droit fondamental à l’asile, l’association a réalisé trois missions de terrain. Organisées en 2015, celles-ci ont été menées dans des «lieux symptomatiques», c’est à dire aux frontières extérieures de l’espace Schengen, qui permettent de décrypter l’amplification des logiques sécuritaires. Que ce soit à Calais, Melilla ou en Sicile, les constats sont les mêmes, ou presque :

La coopération entre les États membres de l’UE se concentre principalement sur le volet sécuritaire des politiques migratoires […]. Quand il est question de mettre en place une véritable politique commune en matière d’accueil des demandeurs d’asiles répondant aux obligations internationales […], la volonté politique fait défaut et les États ferment leur frontière.

«Pas nouvelles», selon Eva Ottary, membre de La Cimade, ces «logiques de tri, de dissuasions et de répressions envers les personnes migrantes sont aujourd’hui appliquées à un rythme effréné, et sans réel débat démocratique». Et c’est bien l’européanisation de ces pratiques qui est mise en cause dans ce rapport. En effet, si certains de ces mécanismes étaient déjà appliqués à échelle nationale par les États membres, c’est aujourd’hui «l’Europe qui intervient directement». Signé le 18 mars, l’accord UE/Turquie illustre une nouvelle fois l’obsession des dirigeants européens qui tentent par tous les moyens de maintenir les nouveaux arrivants aux frontières à l’écart.

Dossier à lire >> Quel accueil pour les migrants ?

Trier et empêcher l’accès à l’Europe

Nous avons constaté des pratiques administratives illégales de la part de la préfecture de la Manche et du Calvados, qui consistent à interpeller des personnes étrangères dans les ports et à les retenir dans des centres de rétentions au prétexte de les expulser. Mais le réel objectif est de les disperser et de les dissuader de revenir dans ces ports, notamment parce que les ramener dans leur pays d’origine est souvent impossible en raison des risques qu’ils y encourent.

Les conséquences de ces répressions sont sans appel. À Calais par exemple, le démantèlement du camp, le blocage de la frontière et l’augmentation des contrôles ont accéléré la dispersion des migrants. Si depuis 2002 des camps et des squats se développent sur tout le littoral, «les endroits qui étaient auparavant des lieux de passages se pérennisent aujourd’hui», explique Gispy Beley, également membre de La Cimade :

De la même manière, accéder aux enclaves espagnoles de Melilla et Ceuta est devenu très compliqué tant les contrôles sont nombreux. D’après Stéphane Julinet, membre de l’association marocaine de défense des étrangers Gadem, les migrants sont sans cesse refoulés et demeurent, de fait, dans l’incapacité de formuler une demande d’asile. Ici, la collaboration des États membres de l’UE avec le Maroc permet d’externaliser les politiques d’asile et d’immigration :

La délocalisation vise à déplacer le plus en amont possible, dès le pays de départ et de transit des personnes migrantes. La mise en œuvre des contrôles est sous-traitée au Maroc par l’Espagne, à la France par le Royaume-Uni, en faisant assumer à ces pays de départ les conséquences de leur politique de répression.

Les centres de tri et les hotposts, présentés comme une solution à la crise migratoire, sont au contraire considérés dans ce rapport comme la preuve de l’échec des politiques européennes, incapables de mettre en place «une véritable politique d’accueil» ou même de «relocalisation des réfugiés».

Les violences psychiques et physiques sont également dénoncées par les associations qui ont participé à la rédaction de ce rapport d’observation, précisant que l’impunité et «l’absence de condamnation en justice» étaient de mise concernant ces dérives.

Société Monde
Temps de lecture : 5 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?
Reportage 19 février 2026 abonné·es

Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?

Certaines collectivités tentent de se réapproprier la politique agricole à l’échelle communale. Pour lutter contre la disparition des petites fermes, et favoriser une alimentation bio et locale.
Par Vanina Delmas
Enquête, extrême droite, impacts politiques après la mort de Quentin Deranque : nos réponses
Direct 19 février 2026

Enquête, extrême droite, impacts politiques après la mort de Quentin Deranque : nos réponses

Après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, suite à une rixe avec des antifascistes à Lyon le 14 février, posez vos questions à la rédaction de Politis. Instrumentalisation de l’extrême droite, isolement de la France insoumise, banalisation du fascisme : les réactions après « l’homicide volontaire », selon les termes du procureur de Lyon, ont souligné un véritable séisme politique.
Par Politis
La criminalisation de l’antifascisme inquiète les soutiens de Zaid et Gino, menacés d’extradition
Justice 19 février 2026 abonné·es

La criminalisation de l’antifascisme inquiète les soutiens de Zaid et Gino, menacés d’extradition

La cour d’appel de Paris devait se prononcer le 18 février sur l’extradition de deux militants antifas poursuivis dans l’affaire de Budapest. Si l’audience a été renvoyée au 18 mars, l’inquiétude liée au contexte politique français depuis le meurtre de Quentin Deranque à Lyon, s’est fait ressentir parmi les soutiens.
Par Pauline Migevant
« Les groupes antifascistes se sont toujours constitués en réaction à la violence de l’extrême droite »
Entretien 19 février 2026 abonné·es

« Les groupes antifascistes se sont toujours constitués en réaction à la violence de l’extrême droite »

Un militant du collectif antifasciste La Horde analyse la manière dont les groupes qui luttent contre l’extrême droite sont désignés comme des ennemis de l’intérieur, alors que des personnes militant à la Jeune Garde ont été interpellées suite à la mort de Quentin Deranque.
Par Olivier Doubre