« Je ne veux pas être déportée » : au CRA d’Oissel, la mécanique de l’enfermement

Si le centre de rétention administrative (CRA) d’Oissel-sur-Seine, situé en pleine forêt, n’existe pas dans la tête des gens habitant aux alentours, l’enfermement mental et physique est total pour les femmes et les hommes qui y sont retenus. Politis a pu y rentrer et recueillir leurs témoignages.

Pauline Migevant  • 27 novembre 2025 abonné·es
« Je ne veux pas être déportée » : au CRA d’Oissel, la mécanique de l’enfermement
Une femme retenue assise sur son lit, au centre de rétention administrative (CRA) d'Oissel, en novembre 2025.
© Pauline Migevant

Ineza est roulée en boule sur un lit. Son corps est secoué par les sanglots qu’elle tente de ravaler : « Je ne veux pas être déportée, je ne veux pas être déportée. » Son vol est prévu deux jours plus tard. La détresse déchire sa voix, les mots sont hachés : « Mon mari est en France. » Elle n’en peut plus : « Je ne suis coupable de rien, je n’ai seulement pas de papiers. » Elle fond en larmes. La scène a lieu dans un dortoir de la « zone femmes » du centre de rétention administrative (CRA) d'Oissel-sur-Seine (76).

Hier, une fille a été expulsée. Elle est tombée. Ils l’ont ramenée comme ça.

Yamina

Près de la tête d’Ineza, enfoncée dans l’oreiller, plusieurs calendriers ont été dessinés sur le mur. La police l’a prévenue : elle peut toujours refuser le vol, mais dans ce cas, c’est un délit, à savoir une soustraction à une mesure d’ordre public, ce qui la conduirait devant le tribunal. Khakina, une autre Géorgienne, un peu plus âgée, est désemparée face à ce qui attend son amie : « Elle n’a rien fait de mal. Comment ça peut être possible ? »

« Qu’est ce que je vais faire sans mes enfants ? »

Les murs du dortoir de quatre lits sont bardés d’inscriptions et de petits dessins. En énorme, on lit : « I HATE HERE » [Je déteste ici, en anglais, N.D.L.R.]. On voit aussi des numéros de téléphone inscrits là, au cas où elles seraient expulsées sans avoir pu prévenir leurs proches. La nuit, ces femmes ne parviennent pas tellement à dormir. Chaque bruit de porte les fait sursauter. « Hier, une fille a été expulsée. Elle est tombée. Ils l’ont ramenée comme ça. Ça fait peur » raconte Yamina, une Algérienne de 27 ans. La lumière passe faiblement entre les barreaux noirs de la fenêtre opaque.

Dans le dortoir des femmes, qu'elles appellent "cellule", les murs sont bardés d'inscription. "Je déteste ici" lit-on écrit en anglais. (Toutes photos : Pauline Migevant.)

Yamina est là depuis un mois. C’est la deuxième fois qu’elle se retrouve enfermée en CRA. Elle était allée voir son copain au Havre quand elle a été arrêtée, il y a un mois. Elle téléphonait sur une trottinette électrique. Contrôle d’identité. « J’ai dit : je suis désolée. Mais ils m’ont ramenée au commissariat puis ici. » Ses quatre enfants sont à Toulouse, en foyer. « Je veux bien repartir au pays mais avec mes enfants. Qu’est ce que je vais faire sans mes enfants ? » se demande-t-elle. « J’ai ramené toutes les preuves, les photos de mes enfants, les actes de naissance de mes enfants, les preuves d’hébergement, tous les papiers. Mais ils m’ont pas libérée, ils m’ont rajouté 30 jours. » 

Une autre femme entre dans le dortoir. Elle a été arrêtée du côté de Lille, dans un Flixbus. « Je suis la seule à avoir été arrêtée » précise celle qui ne comprend pas ce qu’elle fait là et qui s’inquiète de perdre l’hébergement d’urgence dans lequel elle vivait à Paris et son travail. Les femmes parlent des menottes et de la sangle autour du torse qu’on leur met quand elles vont au tribunal. L’annexe de ce dernier est au sein de l’école de police, juste à côté du CRA, éloignant les audiences du public.

Images satellites du CRA de Oissel, bordé de forêt. Il est situé sur le même terrain que l'école de police.

Les visiteurs du CRA de Oissel – un collectif de citoyens qui soutient les personnes retenues notamment en leur rendant visite – le disent : « quand on en parle autour de

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