Mélenchon : « Allez, au boulot ! »

Dimanche, Jean-Luc Mélenchon lançait, place Stalingrad à Paris, sa campagne pour la présidentielle, en présence d'une foule compacte.

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« Ça y est, je retrouve les même sensations que la dernière fois », glisse une spectatrice à sa voisine. Elle n’était sans doute pas seule à avoir ce sentiment de « déjà-vu », dimanche, Place-Stalingrad, dans le 19e arrondissement de Paris. Même lieu, même foule compacte, même Marseillaise et Internationale entonnées en fin de meeting, même verve qu’il y a cinq ans, presque jour pour jour, lors du premier meeting de Jean-Luc Mélenchon pour la campagne de 2012. Seuls manquaient les drapeaux Front de gauche flottant dans le public, la cravate rouge et… quelques rayons de soleil.

La présidentielle, Jean-Luc Mélenchon y retourne. Pour gagner, cette fois. Porté par de bons sondages, l’ex leader du Parti de gauche, débarrassé des oripeaux des partis (du PCF notamment, qui organisait au même moment un pique-nique jour pour fêter la fin de son congrès), a opté pour une échappée gaullienne. Une rencontre directe entre lui et le peuple.

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Et le peuple était là, dimanche. « Nous sommes 10 000 ! », hurlait au micro Charlotte Girard, co-animatrice de l’événement, tandis que Mélenchon s’avançait, sous les « hourras », pour prendre possession de l’estrade.

Auparavant, des dizaines d’« insoumis » y avaient défilé. Cheminots, sans-papiers, métallos, personnels hospitaliers, intermittents, syndicalistes, agriculteurs bio, profs, fonctionnaires territoriaux, chômeurs, taxis « ubérisés »… L’idée étant de rassembler sous une même colère tout ce que la France compte de déçus du hollandisme – et ils sont nombreux, comme chacun sait. Et de montrer que tous les ras-le-bol mènent à Mélenchon : des « Nuit Debout » aux « antifas », en passant par les anti-loi-El-Khomri et même… les inondés. « Jean-Luc, je te souhaite bien de belles victoires », a adoubé, sur écran géant, l'ex-présidente du parlement grec, démissionnaire de Syriza, Zoé Konstantopoulo.

« Agissez ! »

Dans le public, on a vite retrouvé les vieux réflexes – scander « Résistance, résistance ! » au lieu de « Jean-Luc, président ! ». Et à la tribune, le candidat a renoué avec ses – désormais célèbres – « accents gaulliens » pour un discours de politique générale plutôt inspiré. De mobilisation, aussi. Au centre de ses critiques, pas tant la loi El-Khomri que « le monde » qui va avec. Ce « monde de la souffrance au travail », du chômage, du désastre climatique. Appelant à « réorganiser la civilisation humaine », en passant notamment « au 100 % énergies renouvelables », il a évoqué le « destin de la France [...] splendide de savoirs et de culture ». De Gaulle n’était pas loin, en effet.

Jamais avare de bonnes formules, il a vilipendé les « 40 obstinés du gouvernement », les « postures parlementaires » (des frondeurs socialistes), les « candidats passe-muraille » et les « candidats champignons »...« Il faut du caractère, de la volonté, pour défier [les] lobbys immenses, a-t-il souligné. Mieux vaut pour vous d’avoir des porte-parole rusés et malins que des poulets de l’année ! » Éclat de rire dans la foule, conquise.

Bien conscient qu’en cette époque « 2.0 », le parti politique traditionnel a vécu, Jean-Luc Mélenchon a mené une véritable séance d’« empowerment » à l’attention de ces « insoumis » qui s’affirment ou s’ignorent. Oui, on peut « reprendre le contrôle sur notre destin », a-t-il assuré. « Vous êtes le nombre, la force, vous êtes irrépressibles. » Et de lancer le principe du « un pour un », chacun devant convaincre un autre « qu’il est possible de mieux faire » qu’en 2012. « Je suis votre porte-parole, quant au reste, agissez ! », a-t-il dit, réussissant en cet instant précis à faire se rencontrer le « moi-je » de la Ve République et le « nous autres » de la VIe… Puis de conclure, autant pour lui-même qu'à l'attention de la foule se dispersant : « Allez, au boulot ! »

© Politis


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