« Créer des espaces pour le possible »
Pour Pascal Le Brun-Cordier, la reconquête des lieux publics est d’autant plus nécessaire après les attentats de 2015 et de 2016. Et les artistes doivent y participer.
dans l’hebdo N° 1413-1415 Acheter ce numéro

Pascal Le Brun-Cordier, directeur artistique de l’agence Vertigo In Vivo, conçoit et organise des projets artistiques dans l’espace public. Il a créé puis dirigé pendant cinq ans les Zones artistiques temporaires (ZAT) à Montpellier. Il est également directeur du master – unique en Europe – « Projets culturels dans l’espace public », qu’il a fondé en 2005 à La Sorbonne.
Quels impacts ont eu les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et du 14 juillet 2016 à Nice, notamment, sur notre rapport à l’espace public ?
Pascal Le Brun-Cordier : Après les attaques du 13 novembre, on a observé un double effet. À court terme, elles ont créé une rupture dans notre rapport à l’espace public. Ces événements ont mis de la défiance a priori là où notre rapport à l’espace public, à l’autre, reposait sur une « présomption de confiance [^1] ». Tout à coup, la bienveillance, la tranquillité, l’hospitalité des espaces urbains dans lesquels nous évoluons, ont laissé place à un état de fébrilité, d’inquiétude, de méfiance. Ce qui nous a conduits, dans les jours qui ont suivi, à tenter d’identifier autour de nous des indices de danger potentiel, des objets ou des comportements suspects, à éviter les positions les plus exposées dans les rues ou les transports publics. L’injonction à être « attentifs ensemble », ritournelle fondatrice de l’imaginaire sécuritaire dans lequel nous -baignons déjà depuis plusieurs années, a viré à un terrifiant « tous