Hollande entre autosatisfaction et déni de réalité

Le dernier entretien présidentiel du quinquennat, un 14 juillet, était celui d’un président en campagne pour sa réélection qui n’hésite pas pour cela à travestir son bilan.

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Il y avait peu à attendre de l’entretien présidentiel de ce 14 juillet, le dernier du quinquennat, tant l’exercice est convenu. De ce point de vue, les téléspectateurs n’ont pas de raison d’être déçus. Parmi les rares annonces, on retiendra :

  • La levée de l’état d’urgence le 26 juillet ; proclamé au lendemain des attentats du 13 novembre, il avait été prolongé à trois reprises par le parlement.

  • Le renforcement de l’appui que nous apportons aux Irakiens pour reprendre Mossoul à l’Etat islamique avec la « présence de conseillers militaires », « une décision suffisamment grave » pour qu’il ait « demandé au ministre de la Défense et au ministre des Affaires étrangères d’informer les commissions parlementaires », a précisé le chef de l’Etat qui « considère que nous devons frapper et frapper fort au moment où Daesh commence à fléchir et à reculer ».

Sur une possible baisse d’impôts en 2017, qu’il avait laissé entrevoir il y a quelques semaines, le président de la République a reporté la décision au mois de septembre :

Je ne ferai de baisse d’impôts l’année prochaine que si nous pouvons avoir la certitude d’avoir une croissance plus forte encore que cette année.

L’essentiel de l’entretien a consisté en un exercice d’autosatisfaction. Confirmant les propos qu’ils tenaient déjà il y a trois mois sur France 2, le président de la République a assuré que « ça va effectivement mieux (…) parce que nous avons retrouvé de la croissance » :

Ça veut dire quoi la croissance pour les Français ? Ça veut dire que la production s’est amélioré, elle est repartie, ça veut qu’il y a un peu plus de pouvoir d’achat, ça veut dire qu’il y a des créations d’emplois. Mais nous sommes encore fragiles. La sortie de l’Union européenne par les Britanniques ne dépend pas de nous, c’est leur choix, mais il ne faut que l’on en ait des traductions sur notre propre économie. (…) Je suis effectivement conscient que ça va mieux en France mais que ça peut se dégrader si nous ne faisons rien, alors j’agis.

Le chef de l’Etat admet que la dette de la France a augmenté – de 90 à 95 % du PIB –, mais moins que lors du mandat de Nicolas Sarkozy – elle était passée de 60 à 90 %. Il se félicite d’avoir « baissé les impôts des entreprises avec le pacte de responsabilité » et « va continuer parce que c’est de l’emploi pour le Français », assure avoir « baissé les prélèvements des ménages » et se glorifie que « jamais aussi peu de Français paient l’impôt sur le revenu » quand cela signifie d’abord qu’une part croissante des contribuables a des revenus insuffisants. Ce qui ne semble pas affecter François Hollande outre mesure. Ainsi assure-t-il avoir « fait en sorte que ce soit les classes moyennes qui puissent obtenir le dividende du redressement » du pays.

« Les choix que j’ai faits étaient les bons »

Sur le chômage, il nie avoir perdu son pari d’inverser la courbe du chômage, initialement annoncée fin… 2013, et assure que « nous aurons une baisse du chômage à la fin de l’année mais un chômage qui restera encore trop élevé » avec notamment 600.000 chômeurs de plus qu’en 2012. « Les choix que j’ai faits étaient les bons », insiste François Hollande qui en tire la conclusion qu’il faudra poursuivre la politique qu’il a engagé. « Parce que si nous remettons en cause tout ce que nous avons pu acquérir durant ces quatre premières années du quinquennat nous aurons de nouveau les déficits, de nouveau l’absence de compétitivité. » En clair, pour diminuer le chômage, le chef de l’Etat ne voit pas d’alternative à la politique qu’il conduit. Ce qui amène inévitablement le téléspectateur à comprendre qu’il demandera à renouveler son mandat. Ne dit-il pas d’ailleurs que « cinq ans c’est trop court » ?

Et c’est là que pour justifier cette nouvelle candidature celui qui se dit en charge de « la maison France qui peut à tout moment se lézarder » – une expression étrangère à la gauche – prend des libertés avec la réalité, parfois jusqu’au mensonge. À l’entendre, la remise en cause du droit à la retraite ou du droit du travail, c’est ceux qui veulent se présenter contre lui. Les autres, quoi. Comme si sa réforme des retraites de 2013, avec l’allongement de la durée de cotisation, n’avait pas repoussé l’âge effectif de départ en retraite. Comme si le projet de loi El Khomri ne bousculait pas le droit du travail. À son propos François Hollande concède tout au plus « une mauvaise présentation initiale » mais soutient, contre l’avis d’une majorité de Français, que cette loi est « conforme à [ses] valeurs [d’]homme de gauche » et dans la tradition du Front populaire :

Je suis un homme de gauche, j'ai toujours eu cet engagement (...) Je me souviens qu'en 1936, la grande loi [était celle] sur les conventions collectives. Je m'inscris dans cette démarche-là, car il va y avoir des accords d'entreprise, avec des syndicats qui vont voir leur place renforcée puisque ce sont eux qui vont négocier dans les entreprises.

Ignorance ou mauvais foi ? Ce projet de loi, on le sait, loin de s’inscrire dans la démarche des accords de Matignon de juin 1936, casse la hiérarchie des normes que ces accords créaient en instituant les conventions collectives de branche, qui primaient sur les contrats de travail de toutes les entreprises d'un secteur économique.

Mais le plus gros mensonge nous a été servi au tout début de l’entretien lorsque François Hollande, interrogé sur l’affirmation d’Emmanuel Macron selon lequel « le pays est usé de trop de promesses non tenues », a affirmé sans ciller :

Ceux qui n’ont pas tenu leurs promesses ce sont ceux qui ont dû me précéder parce qu’en ce qui me concerne j’ai tenu tous mes engagements.

Oubliée sa promesse jamais honorée de renégocier le traité budgétaire européen. Et tous ses autres engagements à séparer les activités spéculatives des banques de leurs activités utiles à l’investissement et à l’emploi, à créer « une taxe sur toutes les transactions financières », à fusionner l’impôt sur le revenu et la CSG, à fermer Fessenheim, à accorder le droit de vote aux élections locales aux étrangers, à introduire une dose de proportionnelle à l’Assemblée nationale, etc. La liste est longue...

À côté de cette affirmation mensongère, les réponses du chef de l’Etat sur José Manuel Barroso et le salaire de son coiffeur ne sont que peccadilles. Elles n’en sont pas moins instructives.

Questionné sur le recrutement de l'ancien président de la Commission européenne par la banque d'affaires américaine Goldman Sachs, François Hollande le juge « moralement inacceptable », rappelant au passage que ce n’était pas lui qui l’avait choisi pour diriger la Commission européenne, ce qui est exact. C’est toutefois lui, et non Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy, qui avait jugé bon, il y a tout juste deux ans, de décorer Grand officier de la Légion d'honneur (en catimini mais à l’Elysée) l'ancien Premier ministre portugais à la fin de son mandat européen. Une distinction honorifique qui vaut approbation de l’action menée par ledit Barroso à la tête de la Commission européenne.

LIRE > Barroso fait Grand officier de la légion d’honneur par Hollande

Enfin, interpellé sur le salaire de son coiffeur personnel, dont Le Canard Enchaîné a révélé qu'il avait été recruté en mai 2012 pour 9.895 euros brut par mois, François Hollande n’a pas nié le montant de cette rémunération mais ne comprend pas qu’on lui en fasse reproche :

J'ai fait diminuer le budget de l'Elysée qui était de 109 millions en 2012 à 100 millions, j'ai supprimé 10% des effectifs de l'Elysée (...) Mon salaire a baissé de 30% et on viendrait me chercher sur un sujet dont je ne suis pas le premier responsable ?

Une réaction révélatrice d’un monarque définitivement coupé du sens commun des réalités.


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