La rue est nous : Le chou-fleur au fusil

Villes bétonnées, coupées de la nature, éloignées des champs… Partout des citoyens engagent leur reconquête par la végétation, un mouvement qui dépasse la seule demande d’espaces verts.

Patrick Piro  • 20 juillet 2016 abonné·es
La rue est nous : Le chou-fleur au fusil
© Photo : ALFREDO ESTRELLA/AFP

C’est de la subversion zéro risque, aux armes accessibles sans difficulté : des boulettes d’argile et de terreau farcies d’une poignée de graines de votre choix – fleurs, légumes, arbustes, etc. Nuitamment et en bande (c’est plus sympa), vous sortirez en ville pour balancer vos grenades vertes sur des friches, au pied des immeubles – où vous voulez. Ça y est, vous êtes un « guérillero jardinier » ! Combattant de la nature contre le béton pour verdir le gris, fleurir les terrains vagues, nourrir la biodiversité dans l’extrême minéral.

Le mouvement des Green Guerillas prend racine en 1973 à New York, quand l’artiste Liz Christy et ses amis créent des jardins sauvages à coup de seed bombs (bombes à graines). L’inspiration s’est répandue dans plusieurs pays. Elle touche la France en 1995, à Rennes. Si sympathiques et pacifiques soient-elles, ces initiatives braquent la municipalité. Qui finit pourtant par signer avec l’association Rennes jardin une convention autorisant celle-ci à végétaliser le domaine public « à titre -précaire ». La guérilla jardinière a depuis gagné de nombreuses villes françaises.

Cette rébellion anti-bitume à visée esthétique s’est rapidement enrichie d’ambitions plus larges. « J’ai toujours contesté la mouvance pro-“espaces verts”, explique Christian Garnier, urbaniste et ancien

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Écologie
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