Notre-Dame-des-Landes : Le melting-potes du bocage
Ils sont paysans, zadistes, élus urbains, syndicalistes, militants de toute la France… Comment s’est consolidée, au fil des ans, une résistance anti-aéroport qui ne se reconnaît aucun chef ?
dans l’hebdo N° 1411 Acheter ce numéro

Quoi de commun entre leurs vies ? Il est éleveur, né dans le bocage de Notre-Dame-des-Landes, exploitant de quelques dizaines d’hectares et propriétaire de sa longère ; elle a abandonné la fac de droit pour aller vivre en squat dans une ville du Sud avant de rejoindre la ZAD, où elle a construit avec des potes une cahute à peine chauffée, appris à cultiver les pommes de terre et à faire du pain pour deux cent personnes. La cohabitation entre les habitants « historiques » et les « squatteurs [^1] » commence par deux bonnes années de tensions. Un choc culturel : on a des vues très éloignées sur la légalité, la propriété, le marché, la collectivisation, la radicalité des actions, les modes de décision… Les premiers sont bousculés dans leurs certitudes, les seconds s’imaginent parfois débarquer dans une lutte neuve. Les paysans rejettent l’aéroport. Les nouveaux venus ajoutent : « et son monde ».
La lente prise de mayonnaise entre ces deux populations de la ZAD est l’un des facteurs clés de la solidité du mouvement des « anti ». Côté paysans, on s’ouvre. Côté jeunes, une culture commune s’enracine entre petits groupes affinitaires soucieux de leur autonomie. Les fauteurs d’« embrouilles » perdent de l’influence ou finissent par quitter les lieux.
Et puis il y a la solidarité de tous les jours et dans la durée. « Nous avons des liens agricoles mais aussi affectifs avec ces paysans, c’est grâce à eux que nous sommes là », salue Jojo, nouvel habitant de la ZAD. L’inverse est aussi vrai, savent les « historiques