« Du jour au lendemain, je n’ai plus eu aucune certitude sur mon avenir »

L’institut de formation en soins infirmiers du Mans, affilié à la Croix-Rouge, doit fermer en raison de coupes budgétaires décidées par la région Pays de la Loire. Éloïse Froger relate les inquiétudes des étudiants et leur mobilisation.

• 11 mars 2026
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« Du jour au lendemain, je n’ai plus eu aucune certitude sur mon avenir »
© Vladimir Fedotov / Unsplash

Je suis étudiante en troisième année d’école infirmière et, du jour au lendemain, je n’ai plus eu aucune certitude sur mon avenir, tout comme l’ensemble de mes camarades de l’Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) de la Croix-Rouge au Mans. La raison : une coupe nette des subventions décidée par la région Pays de la Loire, dirigée par Christelle Morançais.

Le 17 février, la directrice régionale de la Croix-Rouge et l’une des directrices de la Région nous ont d’abord annoncé que notre établissement serait « transféré à l’école d’infirmières du centre hospitalier du Mans ». Le même jour, une réunion d’urgence a été organisée en présence des différent professionnels de notre école pour leur dire qu’ils seraient licenciés à la fin de l’année.

Un choc pour les trente salariés de la structure : secrétaires, formateurs, directeurs, etc. Nous avons ainsi découvert qu’il ne s’agirait pas d’un simple transfert mais bien d’un arrêt des subventions, donc une fermeture définitive de notre école, sans garanties sur la suite de notre cursus. Toutes les promotions d’infirmiers, d’aides-soignants et d’auxiliaires de puériculture sont concernées, soit environ 350 étudiants et étudiantes.

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Terriblement inquiets

Étudier à la Croix-Rouge Compétence du Mans est une chance, car nous sommes des petites promotions – environ 70 personnes pour les infirmiers et aides-soignants –, ce qui permet un suivi pédagogique plus individualisé. En comparaison, au centre hospitalier, les promotions regroupent plus de 150 élèves.

Nous savons que l’objectif, derrière cette coupe budgétaire, est de regrouper tous les élèves au sein du futur pôle régional d’excellence des formations sanitaires et sociales, qui doit ouvrir sur le campus universitaire en janvier 2027. En effet, ce pôle doit accueillir 2 000 étudiants venant de différentes structures locales.

Nous avons choisi ces études et ces métiers du soin pour aider les autres, dans un secteur en pleine crise.

Un projet vitrine important pour la Région, qui a injecté 22,5 millions d’euros sur un budget total de 33 millions d’euros (5,5 millions viennent du Mans Métropole et 3 millions du département). Sur le principe, nous ne sommes pas contre le fait d’intégrer ce pôle, mais à condition de garder notre entité Croix-Rouge et d’avoir des garanties sur la continuité de notre cursus. Le but de la Région est d’uniformiser les quotas, qui donneront des promotions de plus de 300 personnes dans un unique établissement public, et de n’avoir qu’une ligne de subvention, destinée au centre hospitalier du Mans.

Nous sommes en colère et terriblement inquiets. L’avenir des étudiants de la Croix-Rouge Compétence est compromis au-delà du 30 décembre 2026. Car, chez nous, la rentrée a lieu en février, afin de satisfaire une demande de la Région, qui souhaitait des rentrées plus régulières afin d’avoir des professionnels de santé sur le marché du travail tous les six mois, afin de pallier les déserts médicaux en Sarthe.

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Arbitrages budgétaires et politiques

Selon une étude de l’UFC-Que choisir, la densité médicale en 2023 dans le département était de 20,67 médecins pour 10 000 habitants, contre 27,28 en moyenne nationale. La Croix-Rouge a été la seule école à répondre favorablement à cette demande politique et, deux ans plus tard, la Région la fait disparaître !

Concrètement, comme je suis en 3e année, mon cursus se terminera le 30 janvier 2027. Donc pendant un mois, je serai dans l’incertitude pour mon diplôme. Pour les 1re et 2e années, cela signifie un arrêt de formation de plus de six mois, avant une éventuelle rentrée de septembre dans l’autre établissement. Quant aux auxiliaires de puériculture, c’est le flou le plus total, car il serait question de ne même pas poursuivre la formation. Où iront ces étudiants ? Nos questions restent en suspens.

Nous avons créé un comité de crise pour gérer la situation, fait appel au syndicat étudiant infirmier, la Fnesi, lancé une pétition (qui a déjà recueilli plus de 6 000 signatures) et organisé une manifestation le 5 mars. Nous avons également eu deux rendez-vous avec la Région et attendons désormais des papiers officiels nous promettant une continuité de formation et un accompagnement pédagogique de qualité. Nous ne lâcherons rien. Nous avons choisi ces études et ces métiers du soin pour aider les autres, dans un secteur en pleine crise. La santé ne doit pas être sacrifiée pour des arbitrages budgétaires
et politiques.

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