Slogans, chansons, graphisme, fêtes : les créatifs à l’assaut de l’aéroport

La lutte de Notre-Dame-des-Landes se transmet beaucoup par différents moyens de communications et d’expression. Entre les slogans, les affiches, les dessins ou la musique, la ZAD ne manque pas de créativité.

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Début juillet, le 16ème rassemblement contre le projet d’aéroport se tenait sur la commune de Notre-Dame-des-Landes. Baptisé « Semailles de démocratie », et raconté par Politis, l’événement a été riche en débats et en conférences mais aussi en expressions culturelles.

Depuis plusieurs années déjà, la créativité prend une place importante dans la lutte de Notre-Dame-des-Landes. Artistes engagés aux côtés des opposants à l’aéroport, slogans, affiches, croquis ou encore chansons, la lutte se manifeste aussi par l’art sur la ZAD et alentours. L’art de la fête et de la rencontre contribue beaucoup à souder un mouvement aux composantes très diverses.

Slogans, affiches ou flyers, le poids des mots

Dans la lutte, la première expression de l’opposition passe par les manifestations et par les slogans. Les militants veulent apostropher les « responsables » du projet, Vinci ou les membres du gouvernement dans le cas de Notre-Dame-des-Landes. Ils essayent de faire passer des messages forts, sur un ton plutôt léger :

« Vinci, dégage, touche pas à notre bocage »,

« Vinci, dégage, résistance et sabotage»

ou

« Aérocrate, bouffe ta cravate ! »

« Des légumes, pas du bitume »

La ZAD essaye de produire des jeux de mots notamment à partir de Vinci : « Vincible », ou « Veni, vidi, vici Vinci », de la ZAD elle-même : « Prends ZAD dans ta gueule », de Jean-Marc Ayrault, notamment lorsqu’il était Premier ministre, puisqu’en 2012, ils surnommaient l’aéroport : « l’Ayraultport ».

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Et cette créativité par l’humour et le jeu de mot se transmet aussi dans les affiches. Régulièrement, elles caricaturent des éléments de la culture populaire comme les livres pour enfants Martine, la dande dessinée Astérix ou encore Star Wars.

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Disponibles sur Internet dans le but d’être largement diffusées, elles étaient particulièrement nombreuses et diverses vers 2012-2013, notamment contre les expulsions au moment de l’évacuation de la ZAD.

Dès le départ, la lutte a été particulièrement visuelle. Et pour mettre en avant l’aspect collectif, les opposants se sont régulièrement réunis pour former des fresques humaines : une façon de montrer l’unité dans l’opposition tout en faisant passer un message fort.

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En 2006, une première fresque humaine avait mobilisé 4500 personnes. L’expérience a été reproduite à plusieurs reprises ces dernières années pour faire passer des messages tels que « Vinci dégage » et elle a toujours rencontré un certain succès. D’ailleurs, nombreux sont les articles de presse illustrés à partir des clichés obtenus lors de ces journées d’action.

Dessiner pour mieux régner

En dehors de ces voies traditionnelles d’expression de la lutte, certains événements de la ZAD ont ainsi fait l’objet d’un traitement particulier. En mars 2014, par exemple, les militants au projet ont produit des cartes postales, notamment dans le but dénoncer les violences policières. La photo, en opposition à sa légende, comme dans l’image ci-dessous, vise à rendre transparent le point de vue des zadistes sur l’État de droit.

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L’intérêt de la culture dans la ZAD réside dans la transmission de leurs revendications. Mais celles-ci ne se limitent pas uniquement à une opposition à l’aéroport. Elles passent également par une réflexion sur la démocratie et sur un mode de vie, fondé sur le collectif et le partage des terres. Pour faire comprendre ce message aux néophytes, le dessinateur McMarco a diffusé des croquis de la ZAD, libres de droit sur ce blog.

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Les croquis, qui prennent la forme de chroniques régulières, viennent illustrer différents moments de la ZAD en 2013. L'objectif est de « rendre compte simplement de la diversité de situations sur un territoire, à détruire pour certains, et à défendre pour d’autres, loin des fantasmes de ceux et celles qui ne sont jamais allés... sur la zone », comme on peut le lire dans la présentation de ces « carnets ».

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En dehors de ces croquis, beaucoup de dessins illustrent la ZAD, notamment pour la représenter sous forme de cartes.

Chanter sa lutte

Au cours de l’histoire, de nombreuses luttes se sont matérialisées à travers la chanson. Et Notre-Dame-des-Landes n’est pas une exception. La musique n’a pas tardé à rejoindre la lutte et ses manifestations sont diversifiées. La réécriture de chansons a, par exemple, été très utilisée pour chanter la lutte. Parmi elles, des reprises de Laisse Béton de Renaud :

J’étais tranquille, j’étais peinarde / Bien au chaud dans mon lit / D’un coup l’huissier en a eu marre / M’a dit de dégager d’ici / On s’est r’trouvé au tribunal / Paraît qu’on f’sait qu’chose de mal / " Vous occupez des maisons vides / C’est trop stupide. / J’parie qu’vous travaillez même pas / Et qu’en plus vous vous lavez pas. / Les maisons que vous habitez / Vinci les veut pour faire du blé / Le mieux ce s’rait la destruction. " / Moi j’y ai dit : " Lèse béton ". / Il nous a dit d’la fermer / On s’est mis à chanter / On sait qu’ça va chauffer / On s’en fout, on est prêt.

De Gare au Gorille de Brassens ou encore du Déserteur de Boris Vian :

Au nez des années mortes, / Je deviendrai zadiste. / Je porterai ma vie / Sur les routes de France / De Bretagne en Provence / Et je crierai aux gens : / Refusez d’obéir, / Refusez de subir, / Refusez votre sort, / Non à l’aéroport.

Bien sûr, la ZAD a également des chansons emblématiques issues de créations originales. D’ailleurs, un studio d’enregistrement de rap a été installé sur le site : le Zad social rap. « Tous les enregistrements sont fait sur la ZAD et des Ateliers d’écriture et d’enregistrement ont lieu tous les mercredi après-midi ! Vous êtes tous invités », écrivent-ils sur le site de la ZAD. Les enregistrements sont disponibles sur Soundcloud.

La Parisienne Libérée, en 2012, a composé une chanson résumant les décennies d’histoire du projet depuis les années 1960 et l’opposition qui s’est organisée.

Mais la chanson la plus connue est encore « Notre-Dame des Oiseaux de fer », du groupe Hamon Martin Quintet. Lors du rassemblement annuel les 9 et 10 juillet, cet air a retenti sur la scène et dans la foule, tandis qu’un lâcher de lanternes illuminait le ciel, en hommage à Rémi Fraisse.

Rédigée en 2008, elle a commencé à devenir populaire à l’automne 2012. Au sujet de son écriture, l’auteur Sylvain GirO, a déclaré sur un blog : « J’ai orienté à dessein le texte vers le thème de la nature, de la biodiversité et des paysans vivant sur ces terres depuis des décennies. Ce n’est donc pas un texte qui a vocation à embrasser toutes les questions soulevées par ce projet (la démocratie, la proximité entre les lobbys du BTP et des spéculateurs fonciers et les décideurs publics, les questions d’emploi...). »

Le clip, réalisé en 2016, a fait appel au soutien d’artistes comme, par exemple, Bertrand Cantat ou Emily Loizeau, ce qui a contribué à sa médiatisation. Les soutiens d’artistes se manifestent d’ailleurs régulièrement par des concerts directement à Notre-Dame-des-Landes. Parmi eux, HK et les Saltimbanks, qui sont déjà venus chantés leur titre qui résonne encore à NDDL malgré la victoire du « oui » au référendum : « On lâche rien ».


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