Benoît Hamon : « Comme vous, j'ai été trompé »

Le candidat à la primaire socialiste veut rassembler l’aile gauche pour battre Hollande. Il a lancé sa campagne ce week-end, avec deux jours de rassemblement à Saint-Denis.

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Ce week-end, il y avait embouteillage sur la route médiatico-politique. Sarkozy au Touquet, Juppé à Chatou, Mélenchon à Toulouse, Cambadélis à la Maison de la Chimie, les écolos à Lorient, les communistes à Angers… Pour Benoît Hamon, dimanche, à Saint-Denis (93), la presse était (quand même) là. Et « l’Usine », où se tenait le rassemblement des hamonistes, était pleine à craquer. Plus de 800 personnes venues ovationner leur champion avant son entrée en piste pour la primaire socialiste.

A la tribune, Benoît Hamon manque un rien de souffle. « Je vais en finir, parce que de toute façon, je dégouline [de sueur] », plaisante-t-il. C’est que son discours de politique générale est touffu. Voire roboratif. Une heure et demi pour mêler (et démêler) ses réflexions et propositions sur la rénovation de la politique européenne, la lutte contre l’islamophobie, l’orientation scolaire, l’écologie, la culture, et l’économie, bien sûr, que l’ancien ministre de l’Economie sociale et solidaire, veut « rénover en profondeur ». Entre deux piques contre Hollande et Valls, celui qui veut abroger la loi El Khomri et remettre au goût du jour la réduction du temps de travail prône une « économie altruiste » et tance le « culte » de la croissance. Loin, bien loin des oukazes d’une union européenne obsédée par le sacro-saint 3 % de déficit. « Si on veut sauver l’Europe, il faut la politiser ! », lance-t-il, citant en exemple l’alliance des gauches au Portugal et appelant à des « alliances nouvelles ». Avec Corbyn, Tsipras, Iglesias, Sanchez… Histoire au passage de se démarquer du « retour illusoire aux souverainetés nationales » porté par un Montebourg chantre du « made in France », ou par un Mélenchon pour qui quitter l’union est désormais une option envisageable.

La concurrence à gauche (pas moins de quatre impétrants déclarés rien qu’à la gauche du PS !), ça ne le dérange pas plus que ça, Hamon. Contre les clivants personnages de la Ve République (Valls, Mélenchon, ou Montebourg), il vante la « concorde » et la « tempérance », vertu platonicienne de l’exercice du pouvoir. En pensant aux mêmes, il moque la « passion narcissique des hommes providentiels » - ce qu’il n’est pas. Se dit sûr de son positionnement. Et clair. Sur le burkini et tout le toutim, Mélenchon se montre un poil trop laïcard et Montebourg d’une discrétion de violette ? Lui fait valoir une tolérance sans ambiguïté. Et quand son ancien collègue du redressement productif défend le gaz de schiste, il promet une candidature 100 % écolo-compatible.

Dernière chance

« Aujourd'hui, il donne un cap, le programme, il le construira collectivement par la suite », assure son entourage. Côté storytelling, en revanche, tout est ficelé. Un petit clip bien senti raconte le parcours mental de ce hollandais pénitent. « Comme vous j’y ai cru », apparaît en lettre blanche sur des images d’un Hamon, hurlant de joie, le soir de la victoire en 2012. Suivent la désillusion (« comme vous, j’ai été trompé »), puis la rédemption (« on reprend la main »). Un électeur de Hollande comme un autre, on vous dit ! Les photos de Cécile Duflot et de Pierre Laurent laissent présager de la suite. « Moi, je me mets au service de l’unité et du rassemblement », dit Hamon. Bientôt, promet-il, des grands noms de la politique vont le rallier. Aubry, pour qui il a voté aux précédentes primaires ? « Je l’ai informée que je me présentais à la primaire ». Taubira, qui avait soutenu Montebourg en 2011 ? Un sourire sibyllin. Celui qui ne veut pas entendre parler de « gauches irréconciliables » peine pourtant à expliquer l’éparpillement actuel. Et si Hollande remporte la primaire, comment pourra-t-il jouer le jeu de se rallier à lui ? « Sincèrement, je crois que ce n’est pas possible ».

Oui, il y croit. Du moins, il veut le faire croire. Qu’importe si un sondage publié récemment par le Point (mais réalisé début juillet) le donne derrière Montebourg. « Au PS, on est très nombreux à soutenir Benoît. Ça fait tellement de bien ce qu’il dit », sourit Sandrine Charnoz, conseillère de Paris. Le candidat peut certes compter sur l’important réseau de son courant Un monde d’avance, qui rassemble la plupart des députés frondeurs (Barbara Romagnan, Pascal Cherki, Fanélie Carrey-Conte, Mathieu Hanotin, Michel Pouzol, Nathalie Chabanne…). Mais aussi sur le Mouvement des Jeunes socialistes, qu’il présida longtemps et dont il reste l’éternel président de cœur. Dans la foule, Thomas, militant socialiste, a lui aussi vécu la grande désillusion hollandiste. Alors cette fois, c’est un peu la dernière chance. Hamon, ça passe ou… « On est de plus en plus nombreux à se dire que tout est ouvert. Hamon, c’est le dernier espoir avant la sortie. Du PS. Ou même de la politique. »


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