Cherchez la politique

Ceux qui occupent le devant de la scène ont bien une politique. Mais tous la même sur l’essentiel, faite de soumission au dogme libéral.

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Une élection présidentielle n’est jamais complètement inintéressante. Tout dépend comment on l’envisage. Certes, on peine parfois à lui voir un rapport avec la politique, au meilleur sens du mot. Par avance, on sait que les promesses auront tôt fait de s’évanouir, le moment venu, au prétexte que la « situation a changé ». On connaît la rengaine. Mais, armé de cette incrédulité, on peut toujours suivre l’actuelle campagne sans déplaisir. À condition de la prendre pour ce qu’elle est : une étude de mœurs à livre ouvert. La primaire de la droite présente à elle seule tous les attraits du genre. Il y a Fillon, l’humilié qui remâche sa rancœur, prêt à tout pour assouvir sa vengeance. Et, dans le même emploi, mais un ton en dessous, les Guaino, Copé et Morano, qui eux aussi règlent leurs comptes. Et puis Juppé, le patriarche au-dessus de la mêlée. Quant à l’ancien Président, c’est un peu le caïd déchu qui ne fait plus peur à personne.

À suivre le feuilleton entrevu à l’occasion de l’université d’été LR de La Baule, on en oublierait presque que c’est le sort des Français qui se joue. À côté des chassés-croisés, des évitements ou des poignées de mains glaciales, qui ont fait la fortune du récit médiatique, l’analyse des programmes n’apparaît guère qu’en marge, au bas des pages politiques. Avec nos Atrides de la droite, la comédie politique a célébré la semaine passée un autre héros. Rien ne nous a échappé de l’aventure personnelle d’Emmanuel Macron. Pas même la visite de ses futurs bureaux, vides, dans les hauteurs de la tour Montparnasse, et ses sorties de bain de mer avec Madame. Passionnant ! Le jeune homme, il est vrai, a tout pour plaire aux médias : il n’est, dit-il, ni socialiste ni complètement de droite, et pas du tout du centre. Mais il est « nouveau ». Il a la vertu d’un produit de consommation immédiate. Il ne durera peut-être pas, mais c’est un bon client, et qui ne boude pas son plaisir face à la caméra.

La mise en scène, là encore, laisse peu de place à la politique. On sait simplement que le Rastignac est un ennemi farouche de « la gauche immobile ». Celle qui défend les statuts des salariés. Voilà qui plaît évidemment. Ainsi va la politique. Elle se dessine à petites touches. Elle se devine derrière les comportements, les poses, les bons ou les mauvais mots. On peut recevoir cette évolution comme une fatalité. On peut aussi en chercher les raisons profondes, au-delà du commerce médiatique et du narcissisme des impétrants. Car il n’y a dépolitisation qu’en trompe-l’œil. Ceux qui occupent le devant de la scène ont bien une politique. Mais tous la même sur l’essentiel, faite de soumission au dogme libéral.

Essayez dans ce tableau d’occuper une place en plaidant pour la réduction du temps de travail ou, pire, en remettant en cause les institutions de la Ve République ! Essayez de dire que cette élection du Président au suffrage universel est une calamité pour la démocratie ! Tentez, comme Jean-Luc Mélenchon, de lancer un processus constituant pour une 6e République, ou de tracer les contours d’une « République écologique », à la façon de Cécile Duflot, bref, efforcez-vous de rendre la parole à nos concitoyens, et vous serez irrémédiablement marginalisés à l’heure du journal télévisé. Il ne faut surtout pas brusquer le système.

Par bonheur, la semaine qui vient nous promet un autre feuilleton. Un autre suspense. On nous a annoncé pour jeudi une très curieuse échéance. Un discours présidentiel dont il ne faut rien attendre. C’est souvent le cas, mais c’est rarement dit à l’avance. Et l’information ne vient pas cette fois des détracteurs de François Hollande, mais de ses amis. Il s’agirait de préparer l’opinion à une éventuelle candidature, sans trop en laisser paraître. Le Président aurait été convaincu par ses proches de « bouger ». Julien Dray, dont nul ne conteste les qualités de stratège, lui aurait même conseillé de « se mettre en colère ».

Un discours pour ne rien dire : François Hollande excelle dans cet exercice. Il fallait au moins cela après une semaine cruelle pour le Président, avec la démission de Macron, la publication en rafale de livres de journalistes qui le montrent bavard et même imprudent, et, last but not least, la parution d’un bilan désastreux établi par l’Observatoire français des conjonctures économiques. Un organisme qui fait autorité. Que dit ce document ? Que « la consolidation budgétaire en France et en Europe a eu un impact négatif important » ; que les entreprises ont bénéficié de 20,6 milliards d’euros d’allégements fiscaux, pendant que les impôts des ménages ont augmenté de 35 milliards. Que le pouvoir d’achat est très inférieur aujourd’hui à ce qu’il était en 2010. Et sur le front de l’emploi, les conjoncturistes annoncent une augmentation de cent mille chômeurs sur l’ensemble du quinquennat. Et encore ! Il s’agit là d’une fourchette basse. Ce sont en vérité six millions de personnes qui sont dites « fragilisées », selon ces superbes euphémismes dont les experts se délectent. Soit 8 % de plus en quatre ans. Mais reconnaissons que tout cela n’est pas très glamour.


Fête de l’Huma

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