Des kangourous demandent la fermeture d’une centrale à charbon

Des militants écologistes déguisés en kangourous se sont immiscés au siège de l’entreprise Engie, à Paris, pour réclamer la fermeture de la centrale à charbon d’Hazelwood, en Australie.

Vanina Delmas  • 13 septembre 2016
Partager :
Des kangourous demandent la fermeture d’une centrale à charbon
Un happening devant le siège d'Engie, à Paris, contre une centrale à charbon en Australie.
© V. Delmas

Devant le siège d’Engie à Paris, les employés se pressent pour arriver au bureau à l’heure. Soudain, une trentaine de militants des associations les Amis de la Terre et ANV-COP21, soutenus par 350.org France, déguisés en kangourous, font irruption dans leur routine. Profitant de l’effet de surprise, ils s’engouffrent en colonne dans les deux portes tournantes, malgré l’intervention rapide de la sécurité. « Engie, saute sur l’occasion ! Stop au charbon ! », commencent-ils à clamer tout en bondissant.

Sous ses airs bon enfant, l’opération n’a qu’un but : rappeler que la centrale à charbon d’Hazelwood, en Australie, est toujours ouverte. Et l’entreprise française, anciennement connue sous le nom de GDF-Suez, pourrait y remédier car elle détient 72% des actions depuis 2010.

Un autre happening était organisée à Melbourne pour interpeller les bureaux locaux d’Engie. « Dans l’État de Victoria, nous nous dirigeons vers une société sans émissions d’ici 2050. Il n’y a pas de place pour Hazelwood dans le futur énergétique renouvelable de Victoria. Nous appelons Engie à assumer ses responsabilités pour l’environnement, les travailleurs et la communauté locale », explique Cat Nadel, de l’organisation australienne Environment Victoria.

En février 2014, la ville voisine de Morwell avait été recouverte d’une épaisse fumée noire à cause d’un incendie dans la mine à ciel ouvert qui avait duré 45 jours.

Construite entre 1964 et 1971, la centrale à charbon d’Hazelwood est l’une des plus anciennes en activité et émet près de 16 millions de tonnes de CO2 par an, selon une étude publiée par l’ONG The climate group en 2010.

Elle pose de nombreux soucis localement. C’est la plus polluante du monde et les risques d’incendie sont permanents, raconte Sam Cossar, des Amis de la Terre en Australie. La transition est en marche et si le gouvernement ne prend pas position rapidement pour fermer Hazelwood, rien ne se fera.

Dans une tribune publiée sur le site du Huffington post, Wendy Farmer, présidente de l’association australienne Voices of the Valley, réclame des « certitudes », de « l’honnêteté » à propos de la décision d’Engie : « Toute décision prise par Engie aura un impact sur celles et ceux qui habitent la vallée. Sur notre communauté. Or, jusqu’à aujourd’hui, ENGIE nous a tenu à l’écart de la prise de décision », écrit-elle. Car l’État français est toujours actionnaire à 33% d’Engie.

Après la diffusion de l’épisode de Cash investigation, le 24 mai, pointant du doigt ces pratiques, la ministre de l’Environnement Ségolène Royal avait assuré qu’Engie allait se désengager de cette activité. Quelques semaines plus tard, Isabelle Kocher, la directrice générale du groupe énergétique, déclarait devant la commission des affaires économiques du Sénat, étudier tous les scénarios possibles : la fermeture ou la vente. La seconde option n’est pas envisageable pour les ONG environnementales car cela « ne règlerait pas le problème ».

« Personne ne veut assumer la responsabilité : Engie en Australie se décharge sur la France mais le gouvernement français ne met aucune pression sur le groupe pour concrétiser la fermeture de la centrale, explique Malika Peyraut, des Amis de la Terre. La vente n’est pas une solution à nos yeux. Il faut fermer le site et indemniser les communautés locales victimes de cette pollution. »

Bonus : un extrait de leur danse et de leur reprise d’Andy des Rita Mitsouko :

Écologie
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

De Poitiers à La Rochelle, une lutte contre les mégabassines entre flammes et océan
Reportage 22 juillet 2024

De Poitiers à La Rochelle, une lutte contre les mégabassines entre flammes et océan

Au cours d’une semaine de mobilisation contre les mégabassines, des milliers manifestants se sont rassemblés dans les Deux-Sèvres à l’appel des Soulèvements de la terre et de Bassines Non Merci. Les 19 et 20 juillet, les militants ont manifesté à côté de Poitiers et à La Rochelle pour exiger un moratoire. Récit et photos.
Par Maxime Sirvins
Le lycée agricole de Melle, pépinière du mouvement antibassines
Reportage 15 juillet 2024 abonné·es

Le lycée agricole de Melle, pépinière du mouvement antibassines

L’établissement des Deux-Sèvres voit mûrir au sein de son BTS gestion et protection de la nature une nouvelle génération d’activistes contre l’accaparement de l’eau. Ses élèves aux parcours sinueux trouvent dans ce terroir et son activité militante le déclic d’un engagement durable.
Par Sylvain Lapoix
L’écologie unie face à l’extrême droite
Écologie 25 juin 2024

L’écologie unie face à l’extrême droite

À l’initiative de Reporterre, de nombreuses ONG, penseurs écologistes et militants se sont réunis le lundi 24 juin à Paris. L’objectif : dénoncer l’imposture écologique de l’extrême droite et les dangers de son accession au pouvoir sur l’environnement.
Par Tristan Dereuddre
« Le RN n’a rien compris aux leviers de la lutte contre le dérèglement climatique »
Entretien 17 juin 2024

« Le RN n’a rien compris aux leviers de la lutte contre le dérèglement climatique »

Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France revient sur la menace que représente l’extrême droite climatosceptique pour la transition écologique et sociale, et sur le rôle décisif de la société civile auprès du Nouveau Front populaire.  
Par Vanina Delmas