Monsanto / Bayer : les opposants tapent à la porte de la Commission européenne

Des députés européens aux chefs cuisiniers français, tous espèrent que la Commission européenne fera barrage à la fusion de Monsanto et Bayer.

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Une lettre signée par cinquante-cinq eurodéputés, principalement de gauche (verts, socialistes et gauche radicale), a été envoyée le 22 septembre à la Commission européenne, seule instance à pouvoir encore empêcher le rachat de Monsanto par Bayer, estimé à 59 milliards d’euros. Ils interpellent la commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager, sur les risques d’un tel oligopole agrochimique, en commençant par réduire la concurrence dans le marché intérieur, et lui demande de prendre ses responsabilités face à une multinationale qui totaliserait un chiffre d’affaires de 23 milliards de dollars :

Le chiffre d’affaires total réalisé sur le plan mondial par Bayer et Monsanto est bien au-dessus du seuil des cinq milliards d’euros qui permet à la Commission de déclencher une enquête sur l’impact d’une telle acquisition.

Les députés citent un rapport du Centre pour la sécurité alimentaire (CFS) publié en 2013 qui montrait déjà qu’une telle fusion augmenterait indéniablement les prix des semences. Si celle-ci se confirme, Bayer contrôlerait 30% du marché mondial des semences, et 24% du marché des pesticides. De son côté, la confédération paysanne alerte sur « la mise sous dépendance des paysans qui n'auront plus d'autres choix que d'acheter les produits de ce nouveau monstre. »

Premier signe encourageant, la réaction à chaud de Margrethe Vestager. « Ce qui est important pour nous est que les agriculteurs aient le choix après la fusion », a-t-elle affirmé lors d'une conférence de presse à Paris. Deuxièmement, la Commission européenne a plusieurs fois mis son veto à des opérations de fusion d’entreprises, comme en 2013 pour le projet de rachat de la compagnie aérienne irlandaise Aer Lingus par la compagnie aérienne à bas prix Ryanair.

La société civile n'est pas restée muette face à cette menace pour l’agriculture, la biodiversité, la santé et la culture culinaire. Une centaine de chefs cuisiniers, pâtissiers et vignerons français, dont Michel et Sébastien Bras, Yannick Alléno ou encore Thierry Marx, ont signé une « Lettre ouverte contre l’invasion de l’agrochimie dans nos assiettes », publiée sur le site d’actualité gastronomique Atabula, dans laquelle ils expriment leurs inquiétudes :

Sans un produit sain et de qualité, sans diversité des cultures, le cuisinier ne peut plus exprimer son talent créatif. Il n’est plus en mesure de faire son métier comme il l’aime et de le transmettre avec passion. Quant au paysan et à l’agriculteur, ils se transforment en simples exécutants d’un grand tout agrochimique qui les dépasse : des ouvriers à la solde d’une entreprise apatride, hors sol.


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