Pierre Laurent se tourne vers les législatives

Le secrétaire national du PCF, toujours hésitant sur le candidat à soutenir à la présidentielle, se montre de plus en plus enclin à jouer à saute-mouton avec ce scrutin.

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Pierre Laurent ne désespère pas encore complètement. Mais c’est tout comme. En cause la multiplication des candidatures à gauche pour la présidentielle. Un « problème » sur lequel il dit être régulièrement interpellé par des syndicalistes. « J’essaie de le régler et manifestement à moi tout seul et même avec l’aide des uns ou des autres je n’y arrive pas. Donc il faut que vous entriez dans ce débat », lance-t-il à leur intention en clôture d’une table ronde qui réunissait, à l’ouverture de la Fête de l’Humanité, sur le stand de la fédération des Bouches-du-Rhône, des parlementaires opposés à la loi Travail.

Tous ceux qui ont tenté de présenter des motions de censure pour empêcher son passage par le 49-3 avaient été invités. Outre les présidents communistes des groupes parlementaires, André Chassaigne (Assemblée nationale) et Eliane Assassi (Sénat), trois sénateurs communistes (Christian Favier, Cécile Cukierman et Annie David) et plusieurs élus socialistes étaient présents (Aurélie Filippetti, Fanélie Carrey-Conte, Mathieu Hanotin, Marie-Noëlle Lienemann), ainsi que l’ancien socialiste Pouria Amirshahi. Mais aussi le député européen Guillaume Balas, l’ancien député Jérôme Guedj et Gérard Filoche. Aucun député écologiste n'était en revanche présent.

Revoilà la primaire

Des initiatives à prendre pour poursuivre le combat contre la loi El Khomri, les propos ont vite dévié sur la possibilité d'un rassemblement politique large quand plusieurs socialistes ont de nouveau appelé à une primaire de toute la gauche.

« Si vous me trouvez une solution autre que la primaire je suis pour ! », s'est exclamé Gérard Filoche, membre du bureau national du PS et candidat à « une grande primaire citoyenne de toute la gauche ». « Je suis entièrement d'accord », a appuyé Guillaume Balas, soutien de Benoît Hamon, candidat à la primaire initiée par le PS – ce dernier a lui-même appelé jeudi soir sur iTELE à une primaire impliquant tous les candidats de gauche, y compris Emmanuel Macron. « Une primaire n'a de sens que s'il y a une large mobilisation du peuple de gauche (...) Aidez-nous à faire de cette primaire de gauche [la primaire du PS, NDLR] le moment de la désignation du candidat ou de la candidate qui permettra de défaire la loi El Khomri », a lancé le conseiller départemental de l’Essonne Jérôme Guedj.

Sans rejeter clairement les appels du pied de ses hôtes, Pierre Laurent dont le parti a rejeté à son congrès, début juin, toute participation à une primaire de la gauche, a rappelé qu’il rêvait de voir tous les opposants à la loi El Khomri rassemblés sur une candidature commune, seule capable à ses yeux de « déjouer le scenario de la défaite ». Mais pour y parvenir il ne croit plus qu’en une hypothétique pression populaire :

Les questions que nous débattons sont les questions que des millions de gens qui ont défilé contre la loi Travail se posent. Comment va être dénouée la question politique de l’incarnation de la mobilisation sociale ? C’est une question qui leur appartient. (…) Et au point où nous en sommes cette question ne se dénouera que si les hommes et les femmes de gauche sortent d’une situation d’attentisme et se mêlent de ce débat. Il faut faire de cette question une question populaire.

Les législatives « élection majeure »

Manifestement convaincu qu’un rassemblement de la gauche anti-Hollande ne pourra se faire à la présidentielle, Pierre Laurent songe désormais surtout aux « élections législatives et sénatoriales ». « Des élections majeures » devenues son obsession. Pour preuve, ce beau lapsus qui gomme littéralement la présidentielle :

Ces élections législatives il faut s’en occuper maintenant à égalité d’importance avec les élections législatives (sic), à contre courant du système médiatique et politique.

Le message semble déjà passé dans les rangs militants. Les communistes de Villejuif affichent en grosses lettres sur leur stand, situé face à la grande scène de la Fête : « Marre du feuilleton présidentiel ! Avec les communistes, donnez-vous des députés de luttes ! » Dans bon nombre de circonscriptions, le PCF a désigné ses candidats, qui sont aussitôt entrés en campagne.

À l'heure du déjeuner, le patron du Parti communiste avait annoncé, lors d'une rencontre avec la presse sur le stand de la Gironde – à laquelle Politis n’avait pas été convié –, qu'il proposerait le week-end du 8-9 octobre de « grands axes de programme » pour réunir la gauche autour d'une candidature commune en 2017. « Nous organiserons le week-end du 8-9 octobre une grande initiative de restitution nationale de la consultation » menée par le PCF depuis la mi-avril auprès de dizaines de milliers de personnes, a-t-il dit. « J'énoncerai ce qui nous paraît devoir être les grands axes d'un programme que j'estime devoir être porté par une majorité politique », a-t-il ajouté. Cette consultation qui se présente sous la forme d’un questionnaire à choix multiples (voir ici) qui sera synthétisé au niveau national « avec le concours de l’institut Viavoice » devait initialement être restitué à la Fête de l’Humanité. Pierre Laurent avait également annoncé à l’issue du 37e congrès du PCF, le 5 juin, que son parti procéderait à une votation citoyenne nationale sur « un pacte d’engagements communs » précisément ce week-end du 8 et 9 octobre. Le peu d’entrain des communistes à se mobiliser pour cette « consultation populaire » qui devait contribuer à définir ce pacte d’engagements, explique sans doute ce report. Quant à la votation citoyenne, elle semble bien avoir disparu du calendrier.

Signe supplémentaire que la perspective d’une candidature commune s’éloigne, Pierre Laurent a défendu l’idée devant les parlementaires socialistes présents sur le stand des Bouches-du-Rhône que la plateforme commune serve de base à des alliances pour les législatives. Proposition retenue par Aurélie Filippetti, pour qui « il faut qu'on travaille sur une plateforme pour les prochaines élections législatives dans toute notre diversité ».

Le 5 novembre, le PCF devrait dire quel candidat il soutiendra à la présidentielle. Dans cette attente, les candidats déclarés Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg et Cécile Duflot (sous réserves) doivent se succéder samedi sur la Fête à l'Agora de l'Humanité pour y être interrogé, une demi-heure chacun, par des journalistes du quotidien communiste. Pour la forme.


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