Pré-rentrée : Un bel accueil

Lana*, professeur d’anglais de 25 ans, relate sa première rentrée en tant que titulaire dans un collège de REP + en Seine-Saint-Denis.

Lana  • 1 septembre 2016
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Pré-rentrée : Un bel accueil
Photo : MYCHELE DANIAU / AFP.

Mercredi 31 août

Pré-rentrée dans mon nouveau collège. Un établissement récent avec des résultats en hausse au brevet. Il est classé Rep + (1) parce que la majorité des élèves viennent de milieux sociaux défavorisés, voire de zones urbaines sensibles. Il monte plein de projets avec des associations de quartier et il expérimente une classe de 6ème sans notes : les élèves seront évalués seulement sur des compétences. Par exemple, en anglais, une compétence serait : « L’élève X est capable de s’exprimer sur un thème simple le concernant directement ».

J’aurai trois 6ème, dont la « sans notes », et deux 4ème. Ce qui équivaut à 18 heures de cours. 1,5 heures de plus que les 16,5 requises en Rep (2) ou Rep + et qui correspondra à des heures supplémentaires. Sur les 16,5 heures, 1,5 est prévue pour une concertation avec les autres enseignants sur l’organisation des cours ou des projets pédagogiques pour le collège.

Comme j’étais allée à la fête de fin d’année, j’avais déjà visité les locaux et rencontré une partie des autres profs notamment pour travailler sur les prochains Enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Du coup, quand je suis arrivée mercredi à 8h30, certains se sont exclamés tout de suite : « Ah ! La nouvelle prof d’anglais ! » Ca fait plaisir ! On est quatorze nouveaux sur cet établissement. On a été super bien accueillis, avec café et croissants -il paraît que c’est la première année, les croissants ! -, on a commencé à se raconter nos vacances, où on était l’année dernière, et à faire connaissance…

Le principal nous a ensuite emmenés en salle de réunion. Il a affiché ses deux priorités pour cette année : maintenir la hausse des résultats au brevet ainsi que l’égalité filles-garçons. Il nous a présenté des diagrammes pour nous montrer que les filles étaient vraiment meilleures, creusant un écart important. Même au brevet pro désormais ! (je ne savais même pas que ça existait, le brevet pro !) Il a aussi présenté tous les nouveaux. Un ou deux néo-titulaires, des profs qui étaient des contractuels, un qui vient de Bordeaux avec l’air plutôt tranquille et sans préjugés sur la Seine-Saint-Denis. Moi, « établissement violence », ça ne me fait pas plus peur que ça. Si j’ai pensé à prendre des cours d’auto-défense, c’est plutôt parce que j’habite un quartier un peu sensible à Paris ! Et je ne m’y suis pas encore mise…

Pour évoquer les « élèves relous », le principal n’a pas parlé de violence mais d’enfants « fragiles » en mettant l’accent sur le fait qu’ils décrochent plus vite que les autres. Il ne les a pas désignés comme des agitateurs. On nous a bien fait comprendre que certains élèves pouvaient pourrir le cours. Cela ne venait pas de l’administration mais d’un collègue qui a son franc parler.

Il y a trois CPE dans le collège, c’est la règle dans un dispositif REP+. Ils nous ont demandé de limiter les exclusions au maximum, parce qu’après, ça tourne à la compet’ entre les exclus (qui est le plus « dur » ?), que l’élève se retrouve fiché, qu’en élémentaire ils ne risquent pas d’exclusion, alors pourquoi au collège ? Etc. Mieux vaut les envoyer en permanence avec du travail. « Mais quand ils viennent de s’énerver, dur de leur donner un travail à faire ! », a fait remarquer un collègue. On a beaucoup parlé de ça : quel comportement adopter face à un élève qui s’énerve ? Le mieux c’est de pouvoir harmoniser les pratiques. Notre temps de concertation du mardi doit servir à ça.

Mardi prochain, à l’heure du déjeuner, le principal a prévu une visite du quartier pour les « nouveaux », qu’on puisse savoir où est la bonne boulangerie, de quel coin viennent les élèves, surtout, pour effacer les a priori sur la Seine-Saint-Denis, qu’on n’ait pas peur de circuler dans le quartier, qu’on ne fasse pas que venir au collège et rentrer chez nous. La majorité des enseignants habite Paris 18ème…

J’ai aussi passé un temps avec les quatre autres professeurs d’anglais à découvrir les listes d’élèves. Mes collègues me commentaient les noms et les personnalités de chacun. Pas pour les ficher, d’autant que je tiens à me faire mon propre avis, et que j’ai entendu plus de bonnes choses sur les élèves que de mauvaises, mais plutôt pour pointer ceux qui avaient des difficultés de compréhension par exemple. Et puis, il paraît que l’été entre la 5ème et la 4ème, quelque chose se passe : certains deviennent intenables. En 3ème ils seraient plus timides, plus concentrés sur leurs identités filles, garçons, mais en 4ème, ce serait l’explosion. Je vais voir ça… En attendant, comme je ne suis pas prof principale, ma vraie première journée de cours sera lundi. Jeudi et vendredi, je vais me concentrer sur mes premiers cours…

LIRE >> Épisode 1 : Réunion « violence »

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*Le prénom a été modifié

(1) Réseau d’éducation prioritaire renforcé

(2) Réseau d’éducation prioritaire

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