Sécurité : Changer de stratégie
Et si les mesures sécuritaires faisaient le jeu de Daech ? Et si la lutte contre le terrorisme passait au contraire par plus de droits et plus de justice ?
dans l’hebdo N° 1421 Acheter ce numéro

Les politiques sécuritaires seraient-elles non seulement inefficaces contre le terrorisme mais également contre-productives ? C’est ce qui commence à se dire au sein de démocraties éprouvées par des attentats. « Le sécuritaire sert ceux qui nous frappent », alerte le politologue Jean-François Bayart le 15 juillet dans Libération. « Les États-nations occidentaux sont aujourd’hui devenus des États de sécurité nationale, dont l’obsession s’étend, au-delà du seul terrorisme, à l’immigration, à l’ultra-gauche anticapitaliste, aux lanceurs d’alerte… »
Face au terrorisme, le sécuritaire est présenté comme un mal nécessaire. À quel prix ? Un peuple sur écoute, comme l’a révélé Edward Snowden ; la proposition de déchéance de nationalité en France ; la confiscation des biens des réfugiés au Danemark ; des bombardements par drones au Moyen-Orient ; la prohibition de l’immigration à la frontière mexicaine ou en Méditerranée. Les démocraties tombent dans le piège tendu par Al-Qaïda puis Daech : la politique sécuritaire alimente le jihad. En outre, « elle n’a pas évité les attentats, qui n’ont jamais été aussi nombreux depuis 2001. Elle n’a pas tari le vivier des jihadistes », déplore encore Jean-François Bayart.
En octobre 2013, un rapport du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) sur la « prévention de la radicalisation », signé Yann Jounot, ex-préfet des Hauts-de-Seine, critiquait le tout--sécuritaire. Et c’était avant l’attentat contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de Vincennes. Le 17 février 2016, les directeurs de deux services de renseignements, Patrick Calvar (DGSI) et Bernard Bajolet (DGSE), lui emboîtaient le pas en déclarant que la réponse sécuritaire ne suffisait pas. Le 1er septembre,