« Humiliés », les hauts magistrats répliquent sèchement à François Hollande

Les « confidences » du président de la République à deux journalistes du Monde suscitent une colère inédite de l'institution judiciaire qui compare François Hollande à Nicolas Sarkozy.

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C’est avec une fermeté inhabituelle que les deux plus hauts magistrats de France ont reproché à François Hollande de leur avoir infligé une « humiliation ». Le premier président de la Cour de cassation, la plus haute juridiction française, Bertrand Louvel, et son procureur général, Jean-Claude Marin, ont demandé une entrevue à François Hollande, réalisée dans la soirée de mercredi, afin de « comprendre » les propos rapportés dans le livre Un président ne devrait pas dire ça… (Ed. Stock), écrit par les journalistes Fabrice Lhomme et Gérard Davet. L'ouvrage, en librairie depuis le 12 octobre, porte décidément bien son nom, au vue des différentes polémiques déjà soulevées.

Dans ces « entretiens » (61 au total !) réalisés avec les reporters du Monde, François Hollande déclarait d’abord : « Je n’ai jamais espionné un juge, je n’ai jamais été financé par la Libye… », faisant implicitement référence aux démêlés de Nicolas Sarkozy avec la justice. Mais le chef de l'État, compatissant finalement avec son prédécesseur, évoque la géolocalisation par les juges de ses téléphones et déclare : « S'il n'y a rien dans le dossier, c'est choquant, c'est vrai », mais « c'est hélas le comportement de la justice ». Devenant franchement critique vis-à-vis de la magistrature, alors que la Constitution fait du président de la République le « garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire », il finit même par parler d’une « institution de lâcheté… » :

Parce que c'est quand même ça, tous ces procureurs, tous ces hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux... On n'aime pas le politique. La justice n'aime pas le politique...

Lors d’une audience solennelle organisée ce jeudi, les deux plus hauts magistrats de France s’en sont pris à François Hollande, au lendemain de leur entrevue. Les deux hommes ont d'ailleurs évoqué un rendez-vous qui « n'a pas atténué le sentiment que la magistrature [avait] ressenti face à une nouvelle humiliation ».

Bertrand Louvel et Jean-Claude Marin ont d'ailleurs mis toute la solennité de la Cour de cassation au service de leur indignation, en ouvrant à la presse une audience prévue de longue date dans la « Grande chambre » de l'institution.

Sur fond d'or, de pourpre et d'hermine, le premier président de la Cour de cassation Bertrand Louvel a asséné qu'il n'était « pas concevable que la charge de président [...] puisse être utilisée par son titulaire pour contribuer à diffuser parmi les Français une vision aussi dégradante de leur justice ».

Les deux haut magistrats ont également mis en le parallèle les propos de François Hollande avec ceux de l'ancien président Nicolas Sarkozy, qui comparait les magistrats à des « petits pois sans saveur ». MM. Bertrand Louvel et Jean-Claude Marin estiment que ces attaques répétées rendent plus indispensable que jamais un renforcement de l'indépendance de la justice.

Pour le premier président « il est plus que temps » que la justice « s'émancipe de la tutelle de l'exécutif » héritée d'une « tradition monarchique d'un autre temps », tandis que M. Marin, a estimé qu’il devenait « incontournable de régler [...] la question de l'ordonnancement de nos institutions ».

Lorsqu'il était candidat, François Hollande avait en effet promis de modifier le statut du parquet pour mettre fin à la tutelle de l'exécutif sur les procureurs. Cette réforme constitutionnelle, introduite tardivement, a échoué en raison, entre autres, d'une volte-face de la droite, qui l'avait d'abord soutenue.


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