Vu sur le web : France 3 dénonce les commentaires d’une vidéo sur l’arrivée des migrants en région

Chloé Dubois (collectif Focus)  • 27 octobre 2016
Partager :
Vu sur le web : France 3 dénonce les commentaires d’une vidéo sur l’arrivée des migrants en région
© Photo : PHILIPPE HUGUEN / AFP

Face aux commentaires racistes et xénophobes, France 3 a décidé de ne plus se taire. Dénonçant une abondance de propos mensongers et insupportables après la publication d’une vidéo portant sur l’arrivée de réfugiés à Toulouse, la rédaction Midi-Pyrénées signe un article « coup de gueule » fait du bien.

« Certains de vos commentaires sur Facebook sur l’arrivée des migrants dans la région sont insupportables », titre simplement, mais efficacement, Fabrice Valéry, rédacteur en chef adjoint des éditions numériques de France 3 Midi-Pyrénées, sur le site de la chaîne.

On y voit des hommes, fatigués, tous d’origine afghane, débarquer d’un bus et récupérer leurs bagages. Quelques instants plus tard, ils seront installés dans un centre de la Croix-Rouge à Toulouse. Car ces hommes sont ce que l’on a pris désormais l’habitude d’appeler des « migrants », des réfugiés. Quelques heures auparavant, ils « vivaient » dans des conditions inhumaines dans la « jungle » de Calais.

Diffusée jeudi matin, la vidéo en question ne montre pourtant rien, ou presque, si ce n’est une dizaine d’hommes devant un bus. Celle-ci ne dure que vingt secondes :

Mais ces quelques secondes suffisent à délier les langues. Les accusant tour à tour d’être « des violeurs en puissance », des « agresseurs d’enfants », ou même des « envahisseurs », les internautes ont franchi plus d’une fois la ligne rouge. La rédaction a donc décidé de faire valoir sa position et de dénoncer ces propos « insupportables ». Ces commentaires « faux » et indignes « rejettent, a priori, sans les avoir rencontré, sans connaître leur histoire, des individus, des êtres humains, simplement parce qu’ils viennent d’un pays étranger », argumente le rédacteur en chef adjoint. Et pour lui (comme pour Politis du reste), n’en déplaise à certains, la « France est une terre d’asile ».

Cette « haine de l’autre » est irrationnelle. Elle ne repose sur rien d’autre qu’un sentiment. […] Ce ne sont pas 27 hommes, démunis de tout qui vont changer la vie d’un quartier, d’une ville comme Toulouse. Ce ne sont pas 250 ou 270 personnes qui vont mettre en péril l’équilibre de notre région.

Mais la rédaction régionale de la chaîne publique rappelle aussi son attachement à la liberté d’expression. Et si France 3 ne souhaite pas « se résoudre » à fermer l’accès aux commentaires sur Facebook, celle-ci rappelle qu’au-delà de la loi, qui permet notamment de nous épargner certaines incitations à la haine, « il y a l’esprit » :

Journaliste auprès de la chaîne France 3 Midi-Pyrénées, Marie Martin s’est elle-aussi emparée de son clavier ce jeudi pour dire sa honte. Dans son texte, intitulé « La nausée », la journaliste s’indigne devant ceux qu’elle dit être des « porteurs de rejet et de haine » qui auraient tout oublié de l’histoire. En son nom, Marie Martin appelle à réagir face à un tel déferlement de propos injurieux et, en tant que journaliste, à une plus grande réflexion autour de la responsabilité qui incombe aux médias :

J’ai honte de ce que je lis. J’ai honte de ce que je comprends. J’ai honte que l’accueil de 4 500 personnes pose problème en France, dans un pays qui compte 60 millions d’habitants. J’ai honte que ce frein vienne de mes contemporains. […] Peut-être est-ce aussi à nous, les journalistes, de rappeler que souhaiter le départ d’hommes et de femmes menacées de mort dans leur pays revient à souhaiter leur mort tout court.

Capture d’écran du texte de la journaliste Marie Martin :

© Politis

.

Société Médias
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« Le discours sur la sexualité des jeunes se résume à une forme de panique morale et sanitaire »
Entretien 28 février 2024 abonné·es

« Le discours sur la sexualité des jeunes se résume à une forme de panique morale et sanitaire »

Dans son livre Les Choses sérieuses, la sociologue Isabelle Clair enquête sur les amours adolescentes et examine la manière dont filles et garçons entrent en relation.
Par Hugo Boursier
Violences sexuelles : dans les lycées, la grande omerta
Enquête 28 février 2024 abonné·es

Violences sexuelles : dans les lycées, la grande omerta

Si les politiques publiques contre le harcèlement scolaire ont été renforcées, celles contre les agressions entre élèves demeurent confidentielles. Elles laissent les personnels dépourvus de cadre et les victimes souvent seules face à leur traumatisme.
Par Pierre Jequier-Zalc
Dans l’Hérault, un SNU sauce gospel et tir au pistolet
SNU 27 février 2024

Dans l’Hérault, un SNU sauce gospel et tir au pistolet

Dans une publication sur X (ex-Twitter) de la direction des services départementaux de l’Éducation nationale de l’Hérault, rapidement supprimée, des jeunes volontaires du SNU célébraient leur fin de séjour de cohésion par une chorégraphie au son d’un gospel. L’an dernier, dans ce centre, un intervenant extérieur a appris à des jeunes à tirer au pistolet.
Par Hugo Boursier
À l’hôpital de Bourges, « on accepte que la mort puisse être une issue »
Reportage 23 février 2024 abonné·es

À l’hôpital de Bourges, « on accepte que la mort puisse être une issue »

Malgré le manque de moyens et le désert médical dont souffre le département du Cher, la petite équipe de ce centre hospitalier essaie de soulager la douleur des patients en fin de vie.
Par Hugo Boursier