Bandes de jeunes

Secteur négligé du paysage éditorial, la BD destinée aux enfants est un espace de création très prisé. Le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, qui démarre le 30 novembre, la met à l’honneur.

Ingrid Merckx  • 23 novembre 2016 abonné·es
Bandes de jeunes
© Photo : DR

C’est un phénomène, Cerise. Elle porte du marron, du kaki et de l’orange. Un short ou des jupes courtes sur des chaussettes hautes. Des bottines et un galurin écrasé sur ses cheveux châtains. Surtout, à 10 ans et demi, elle veut devenir romancière. « Et mon truc à moi pour raconter des histoires, écrit-elle sur la première page de son carnet, c’est d’observer les gens, imaginer leur vie, leurs secrets. »

Avec son nez en bouton et ses yeux ronds, Cerise se fait détective. Part le matin avec sa besace, s’enfonce dans la forêt qui jouxte sa petite ville et enquête sur les mystères qui la fascinent : un homme qui traverse les bois avec des pots de peinture, une dame qui emprunte toujours le même livre à la bibliothèque, les souvenirs d’une relieuse, un manoir où chaque pièce est une énigme…

Avec la complicité variable de ses deux amies, sous l’œil réprobateur de sa mère célibataire, et armée d’un caractère bien trempé, la gamine campe l’anti-princesse par excellence. Dans les quatre tomes de ses aventures écrites par Joris Chamblain, les pages se mélangent entre planches illustrées par Aurélie Neyret et pleines pages d’illustrations ou d’extraits de son carnet avec dessins, schémas, commentaires, ratures et fautes. Cerise, c’est la nouvelle star des cours de récré.

Comme beaucoup d’autres BD jeunesse, tels la série Hôtel étrange, de Katherine et Florian Ferrier, et 520 km, de Max de Radiguès (Sarbacane), mais aussi Le Temps des mitaines, de Loïc Clément et Anne Montel (Didier jeunesse). Peu connues ? « Dans le secteur, les livres sont surtout poussés par les enfants », explique Frédéric Lavabre, fondateur des éditions Sarbacane. Cerise a bénéficié d’un incroyable bouche-à-oreille.

« Ni les libraires ni les parents ne sont très prescripteurs. La BD pâtit encore d’un effet “ça n’est pas de la littérature”, et les libraires sont un peu cloisonnés. Du coup, les enfants moissonnent à leur guise. Les bibliothécaires disent que les livres qu’ils empruntent le plus sont justement des BD jeunesse. » Il y aurait un écart important entre leurs préférences de lectures et l’intérêt que les adultes y portent.

« Méconnue, peu considérée car souvent assimilée à des séries de planches de gags avec personnages à gros nez, la BD jeunesse est le parent pauvre et de la jeunesse, et de la BD, s’insurge -Frédéric Lavabre. Or, le même soin est porté à ces BD, au scénario, à l’écriture, au dessin… que pour un album jeunesse ! », écrit-il dans un plaidoyer-coup de gueule poussé à l’occasion du Salon du livre et de la presse jeunesse, qui se tient à Montreuil du 30 novembre au 4 décembre.

Les organisateurs en conviennent, et une journée spéciale BD sera organisée le 3 décembre, au cours de laquelle sera également remis le premier prix jeunesse ACBD, dans la lignée du grand prix que délivre cette association des critiques et journalistes de bande dessinée. Parmi les finalistes : Les Effroyables Missions de Margo Maloo, de Drew Weing (Gallimard), La Poudre d’escampette, de Chloé Cruchaudet (Delcourt), Roller Girl, de Victoria Jamieson (éditions 404), Space Boulettes, de Craig Thompson (Casterman), Supers, de Dawid et Frédéric Maupomé (La Gouttière).

« Le salon de Montreuil a une carte à jouer pour faire reconnaître ce secteur de création qui tend des passerelles entre la jeunesse et la BD », insiste l’éditeur. Dans les chiffres annoncés par la manifestation : 6 076 nouveautés éditées en 2015 et 13,7 % du chiffre d’affaires de l’édition, ce qui fait de la jeunesse le leader, la BD n’étant, en outre, pas comptabilisée.

Les Carnets de Cerise, tomes 1, 2, 3, 4, Joris Chamblain et Aurélie Neyret, Éditions du Soleil.

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