Facteur : un métier en souffrance

La Poste traverse une crise sociale préoccupante, en raison notamment d’une baisse continue des effectifs. Rencontre avec Hervé, le temps d’une tournée… au pas de course.

Jeudi, 10 h 15. Nous retrouvons Hervé [^1], facteur d’une petite ville de la région parisienne, au départ de son périple. Il vient de passer trois heures à trier, « couper » et « piquer », selon le jargon du métier, une cinquantaine de colis et quatre caisses de lettres. Un travail qu’il fait désormais « les yeux fermés », entre une tasse de café et quelques blagues avec ses collègues.

« J’ai vu toute l’évolution », prévient d’entrée le quadra flegmatique, arrivé à La Poste il y a une vingtaine d’années, avec la dernière génération de postiers recrutés sous le statut de fonctionnaire. Depuis, l’entreprise a pris un virage à 180 degrés, pour s’éloigner du modèle de service public. « Aujourd’hui, c’est une entreprise privée comme une autre,tranche Hervé, les deux mains dans ses caisses de courrier, à l’arrière de sa camionnette. On ne reconnaît plus notre boîte. »

Cette évolution accompagne une baisse importante du courrier : 30 % entre 2008 et 2015. En conséquence, la direction a supprimé 80 000 emplois en dix ans dans tous les corps de métier, soit 26 % de l’effectif. Or, si le nombre de lettres diminue, le volume d’adresses, lui, est en légère augmentation. D’où une forte intensification du travail, au rythme d’une réorganisation tous les deux ans.

L’été dernier, date de la dernière « réorg » du dépôt où officie Hervé, deux tournées sur une trentaine ont été supprimées. Toutes les autres ont donc été allongées. « Ils taillent dans le vif,souffle le postier. Le métier est devenu dur physiquement. »

10 h 50. Dans le hall d’un petit immeuble vieillot, une concierge apparaît en peignoir pour signer un recommandé. Hervé s’enquiert de son état de santé. Des nouvelles dont il se fait l’écho cinq minutes plus tard dans l’immeuble d’en face. « Il est rare, aujourd’hui, que nous passions du temps à discuter, car la cadence est trop rapide et la direction est constamment derrière nous », peste Hervé. Un an après avoir pris sa tournée, il est capable de mettre un visage sur chaque nom dans le quartier. « Ce lien social, on a tendance à le perdre », regrette-t-il. La faute incombe selon lui à un logiciel qui calcule automatiquement les cadences. « Ils appellent ça le “yield management”, c’est la chasse aux temps morts. Mais leur outil informatique est complètement bidon. Il ne tient pas du tout compte de la réalité. »

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