Uber prend un mauvais tournant

Depuis la manifestation du 15 décembre, l’envers du décor de l’uberisation est exposé au grand jour.

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Pauvres « uberisés » ! Il n’y a pas si longtemps, ils étaient accusés de creuser la tombe des taxis – ceux qui paient (cher) une licence – en les concurrençant à la déloyale. On découvre aujourd’hui ces conducteurs de VTC encore plus martyrisés que ceux dont ils piqueraient le boulot…

Depuis le 15 décembre et la manifestation d’un petit millier de chauffeurs sur l’autoroute A1, l’envers du décor de l’uberisation est exposé au grand jour. Des conducteurs qui travaillent 70 heures par semaine pour moins d’un Smic, et sans protection sociale puisqu’ils sont auto-entrepreneurs… Le négrier de cet esclavage moderne n’est autre que la plateforme Uber. Censée se contenter de mettre en relation les clients et les prestataires de service, l’application, conçue il y a huit ans au cœur de la Silicon Valley, s’avère vorace et autoritaire. Début décembre, elle augmentait le prélèvement sur les courses de 10 à 15 % – ce qui a mis le feu aux poudres. Mais elle peut aussi désormais « blacklister » – en clair, licencier – les chauffeurs mal notés par les passagers.

Fini donc le mirage de l’économie collaborative, entretenu avec vigueur par Emmanuel Macron ! L’ex-ministre, qui estimait début novembre sur Mediapart qu’il vaut mieux être chauffeur « que de tenir les murs et de dealer », se voit désormais contredit par Manuel Valls, lequel, un an après les grandes grèves des taxis de janvier 2016, se fait le défenseur de ce nouveau lumpenprolétariat. Sous le coup d’une procédure de l’Urssaf visant à requalifier ses 13 000 conducteurs en salariés, le géant Uber pourrait n’être qu’un colosse aux pieds d’argile.


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