Deux petites fermes dans la prairie

Ils parlent à leurs vaches et choient leurs légumes sur des exploitations à taille humaine. Rencontre dans le Haut-Jura avec des paysans heureux de vivre aux antipodes de l’agriculture industrielle.

Patrick Piro  • 18 janvier 2017 abonné·es
Deux petites fermes dans la prairie
© photos : Patrick Piro

« Hey, vite, c’est parti ! » L’appel provient de l’écurie. La traite matinale à peine achevée, il faut y retourner sans délai. Élise rejoint Jean-Louis en train de masser les fessiers de Glycine. C’est la deuxième mise bas de la jeune simmental, petit gabarit qui a nécessité l’intervention du vétérinaire la première fois tant ce fut laborieux. Après une quinzaine de minutes d’assistance quelque peu physique, les deux paysans extirpent un petit veau sonné par l’effort. Dehors, c’est la bourrasque. Pour protéger le nouveau-né des courants d’air, Jean-Louis ajuste une feuille de plastique devant une fenêtre crevée, le menuisier ne pourra la remplacer qu’au printemps. Le jour pointe et dévoile les coteaux des Grands-Prés recouverts de poudreuse. L’hiver aux Moussières, Haut-Jura, 1 100 mètres d’altitude : il faut parfois conduire les enfants à l’école en tracteur quand la neige efface la route. Deux classes seulement, une pour la maternelle, une autre pour les primaires. « Sur 19 familles, il n’en reste plus que trois issues de famille de paysans », calcule Jean-Louis, élu municipal et président du Syndicat intercommunal à vocation scolaire pour les trois communes voisines.

La ferme, issue de la famille d’Élise, est la dernière des Grands-Prés. Elle se souvient, gamine, qu’il en existait six autres alentour et que son grand-père racontait que l’on avait moissonné l’orge de montagne pour la dernière fois en 1956. Depuis, l’agriculture a dérivé vers la concentration des terres et l’agrandissement des exploitations. Pas chez eux. « Nous utilisons même moins d’hectares qu’au début », souligne Élise. Dans l’écurie, 26 vaches. Dans cette région, les cheptels dépassent généralement les 40 laitières. La production part à la coopérative fromagère du village, qui produit du comté ainsi que du bleu de Gex. Parmi les seize membres, Élise Grossiord et Jean-Louis Perrard le disputent aux fermes les moins productives : une moyenne de 5 000 litres de lait par vache et par an. « Deux fois moins qu’en agriculture intensive. »

Aux Grands-Prés, on a fait profession de vivre paysan sans avoir à courir derrière son exploitation. Un syndrome dépressif qu’ils repèrent chez de nombreux agriculteurs. Élise et Jean-Louis le repoussent, notamment le jour où ils renoncent à faire construire un nouveau

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Écologie
Temps de lecture : 13 minutes

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