Primaire mais complexe

Sur le plan de la tactique électorale, il est sans doute préférable d’avoir à imaginer, le moment venu, un rapprochement entre Hamon et Mélenchon qu’une candidature Valls.

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La primaire dont il va être question au cours des deux prochaines semaines est mal née : elle n’a pas de nom. On continue de l’appeler « primaire de la gauche », mais Mélenchon n’y est pas, c’est-à-dire tout simplement celui qui fait la course en tête en ce moment. La dénommer « primaire du Parti socialiste » n’est pas exact non plus, puisque, outre la représentante du Parti radical de gauche, Sylvie Pinel, il y a là Jean-Luc Bennahmias et François de Rugy, qui sont certes des créatures du PS, mais qui lui sont étrangers et ont été précisément fabriqués pour cela. Les stratèges de la rue de Solférino ont bien fini par coller sur cette primaire une étiquette, mais passablement ridicule : la « Belle Alliance populaire ». Trois mots et autant de mensonges. Un club très sélect dont on a pu écarter les importuns, Gérard Filoche et Pierre Larrouturou, sans trop d’explications. Mais la principale critique, nous l’avons déjà exprimée ici : c’est surtout un piège pour ceux qui y participent.

Que feront Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, le 29 janvier, s’ils sont devancés par Manuel Valls ? Vont-ils, comme la règle les y oblige, lui prêter allégeance ? Quelle situation inconfortable ! Elle l’est peut-être plus encore (si c’est possible) depuis la laborieuse prestation de l’ancien Premier ministre, le 5 janvier sur France 2. Sa versatilité aura mis mal à l’aise tous ceux qui ont un minimum de sentiment démocratique. Les changements de « vérités » nécessitent un délai de bienséance pour lequel l’apôtre repenti du 49-3 n’a eu aucun égard. Puis, on l’a vu muet face à Philippe Martinez sur la question du chômage, et décontenancé face à une jeune femme voilée qui ne correspondait pas à ses préjugés.

Faute de discours social et écologiste, Manuel Valls ne manque pas une occasion de convoquer la menace terroriste et le jihadisme. Ce qui ne suffit pas à faire un candidat de gauche. Pas plus que l’apologie de la loi travail. C’est peu dire que Benoît Hamon et Arnaud Montebourg ont pris des risques en acceptant cette compétition qui peut les conduire à devoir défendre des positions aux antipodes des leurs. On me dira que c’est leur affaire. Mais, autre chose est de s’interroger sur ce qu’en feront les électeurs. On peut évidemment faire mine de se désintéresser de cette primaire « du Parti socialiste », et considérer que c’est là l’ultime râle d’un parti moribond. C’est évidemment la position de Jean-Luc Mélenchon : « À quoi bon un candidat du PS ? », s’est-il interrogé dans Le Monde du 5 janvier. Mais le candidat de France insoumise le sait bien : ce n’est pas si simple.

Il n’est probablement de l’intérêt de personne à gauche de donner le spectacle de la démobilisation. On peut surtout se demander si Benoît Hamon, avec le discours qui est le sien, peut être considéré comme un candidat du Parti socialiste. La démonstration pourrait valoir avec Arnaud Montebourg, mais de façon nettement moins probante. Hamon défend un programme qui le rapproche de Mélenchon, et probablement aussi de Yannick Jadot, bien qu’il faille tendre l’oreille pour connaître les propositions du candidat écologiste.

Comme Mélenchon et comme Jadot, Hamon propose une rupture totale, non seulement avec le quinquennat de François Hollande, mais aussi avec la logique productiviste qui ruine la planète. Comme eux, il remet en cause le dogme de la croissance. Laissons de côté son affaire de revenu universel. Pour ma part, je me sens beaucoup plus proche des analyses critiques de nos amis d’Attac, Jean-Marie Harribey ou Jean Gadrey (voir p. 15). Mais, à sa façon, il donne le signal d’une volonté de reconquête culturelle de la gauche, notamment avec la réduction du temps de travail. Enfin, sa position sur les questions identitaires et son refus de concevoir la laïcité comme « un glaive anti-islam » le situent dans un tout autre courant que l’ancien Premier ministre. Il est donc difficile de reprendre à propos de Valls et de Hamon la formule fameuse et rustique de Jacques Duclos : « Bonnet blanc et blanc bonnet. »

Bon nombre de citoyens de gauche se déplaceront pour aller voter le 22 janvier. Et ce n’est pas moi qui les en dissuaderai. Nous nous savons tous dans des contradictions qui résultent de la situation infernale dans laquelle nous ont plongés MM. Hollande et Valls. Et le dilemme qui est devant nous, à la veille de cette primaire « sans nom », n’est probablement pas le dernier, ni le pire. J’ajouterai que sur le plan de la tactique électorale, il est sans doute préférable d’avoir à imaginer, le moment venu, un rapprochement entre Hamon et Mélenchon qu’une candidature Valls. D’autant que Benoît Hamon a déjà dit clairement sa position à ce sujet (voir Politis n° 1432, 15 déc. 2016). Et puis, n’oublions pas qu’au-delà de la présidentielle, c’est de la recomposition de la gauche qu’il s’agit, avec toutes les composantes dignes de ce nom. Comme le Drogo du Désert des Tartares, on l’a longtemps guettée. Elle paraît aujourd’hui inévitable.

Rappels

Deux rendez-vous : jeudi 19, à 19 heures, pour notre deuxième émission « 2017 en débats », avec notre invitée, Mathilde Larrère (voir ci-contre). Et vendredi 20, à 18 heures, l’association Pour Politis offre un pot pour la nouvelle année, dans les locaux du journal.


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