Trente ans après…

Lav Diaz dresse un beau portrait de femme aux Philippines.

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Lion d’or à la dernière Mostra de Venise, La femme qui est partie est l’œuvre d’un cinéaste philippin, Lav Diaz, déjà récompensé à Locarno et à Berlin, mais dont la reconnaissance par un public plus large se fait attendre. Ce sera peut-être l’occasion avec ce film – dont la durée, 3 h 45, reste modeste vis-à-vis de ses précédentes œuvres, qui peuvent atteindre 8 heures. Explicitement en lutte contre le formatage, Lav Diaz ne joue pourtant pas exagérément sur la durée des plans ni sur une structure compliquée.

La femme qui est partie raconte l’histoire d’Horacia (Charo Santos-Concio), qui, au début, purge une peine de trente ans de prison pour le meurtre de son mari, qu’elle n’a pas commis. Au moment d’être libérée, sa meilleure amie parmi les détenues lui avoue qu’elle l’avait accusée à tort sur l’ordre du meurtrier réel, aujourd’hui devenu riche, qui était alors amoureux d’Horacia.

L’action se déroule en 1997, année où les enlèvements criminels se sont multipliés aux Philippines. L’atmosphère diffuse de cette violence occupe l’arrière-plan, tandis qu’Horacia prépare peu à peu sa vengeance contre l’assassin de son mari. Mais, simultanément, apparaît un autre aspect de sa personnalité : elle se conduit en bienfaitrice, sinon en sainte, envers tous les éclopés de l’existence se trouvant sur son chemin. Elle prend ainsi sous sa protection une jeune transgenre, Hollanda (John Lloyd Cruz), qui s’est fait battre à mort par des hommes voulant abuser d’elle.

Voilà le véritable enjeu de La femme qui est partie : la personnalité complexe d’Horacia, entre ressentiment intime, générosité, ouverture aux autres et son désarroi de mère, sa fille restant distante, et son fils, sans doute clochardisé dans les rues de Manille, ayant disparu. Cette profondeur humaine fait tout le suc de ce film qui compose un très beau portrait de femme.

La femme qui est partie, Lav Diaz, 3 h 45.


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