Un rapport accablant d’Amnesty International sur le régime de Damas

L’organisation humanitaire a publié mardi 7 février une enquête sur des milliers d’exécutions commises par le gouvernement syrien dans un centre militaire.

Hugo Boursier  • 9 février 2017
Partager :
Un rapport accablant d’Amnesty International sur le régime de Damas
© Photo : AFP PHOTO / GOOGLE EARTH 2016 CNES/ASTRIUM

Un nombre : 13 000. Ce sont les victimes, en majorité des civils opposés au régime, qui ont péri dans la prison de Saidnaya, à 80 km au nord de Damas, selon le rapport d’Amnesty International publié mardi 7 février, intitulé « Abattoir humain : pendaisons de masse et extermination à la prison de Saidnaya, en Syrie ». L’organisation dénonce la « politique d’extermination » mise en place par Bachar Al-Assad. Ce dernier a commis, depuis le début du soulèvement en 2011 et jusqu’en 2015, « des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité » à l’égard de sa propre population.

Tortures incessantes

Amnesty a recueilli, entre décembre 2015 et décembre 2016, les témoignages de 84 personnes, dont des gardiens de prison et d’anciens responsables de Saidnaya. Ce travail de recherche a permis de reconstituer visuellement la prison sur une plateforme virtuelle, où l’internaute peut aussi écouter le récit d’anciens détenus. L’un d’eux raconte :

Lorsqu’ils m’ont fait entrer, ce ne sont pas des gens mais des vers que j’ai vus, grouillant et se mélangeant les uns aux autres. Je ne pouvais pas me tenir sur mes deux pieds, il n’y avait pas assez de place.

Les prisonniers décrivent des tortures incessantes, où même le fait de parler est violemment réprimé. Les conditions de détention provoquent des centaines de morts, dues aux violences, à l’absence de soins, à la privation de nourriture et d’eau, et à la surpopulation carcérale.

Massacre en silence

Les « procès » auxquels sont soumis les nouveaux arrivants avant leur condamnation à mort est une « procédure qui ne dure qu’une minute où deux », devant un militaire qui consigne le nom de la personne « dans un registre des morts », indique Amnesty.

Le jour de l’exécution, les gardiens choisissent des prisonniers et leur annoncent qu’ils vont être transférés vers un autre camp. Au lieu de cela, ils sont emmenés, les yeux bandés, dans une grande salle où, après avoir été frappés, ils sont pendus collectivement.

Le rapport est publié deux semaines avant de nouveaux pourparlers à Genève entre le régime syrien et l’opposition sous l’égide de l’ONU.

Société
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel
Analyse 27 mars 2026 abonné·es

Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel

L’histoire de la première vedette française de télé-réalité rappelle ce que la notoriété fait aux femmes : elle les tue, réellement ou symboliquement, comme pour expier la misogynie d’une société entière.
Par Nesrine Slaoui
« Il fallait que Loana meure pour qu’on en parle vraiment »
Entretien 27 mars 2026 abonné·es

« Il fallait que Loana meure pour qu’on en parle vraiment »

Le décès de Loana Petrucciani ravive un malaise collectif longtemps tu. L’essayiste Rose Lamy décrypte comment le mépris de classe a façonné la trajectoire d’une femme déplacée dans un monde qui ne voulait pas vraiment d’elle.
Par Juliette Heinzlef
« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »
Entretien 26 mars 2026 abonné·es

« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »

Marie-Laure Basilien Gainche, professeure de droit public analyse en quoi le règlement « Retour » voté aujourd’hui par le Parlement européen bafoue des droits fondamentaux. Pour elle, ces derniers sont perçus « comme des contraintes » par l’Union européenne dans la mise en œuvre de ses politiques d’éloignement.
Par Pauline Migevant
« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »
La Midinale 20 mars 2026

« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »

Samedi 21 mars, à 14 h 30, une marche pour Nahel et contre les violences policières se lancera depuis les abords du lycée Joliot-Curie à Nanterre. Après la requalification du meurtre en violences (mais avec le pourvoi en cassation du parquet), Mornia Labssi, militante antiraciste et co-organisatrice de la marche, est l’invitée de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien