Hôtesses d’accueil : derrière le sourire, la souffrance

Licenciements arbitraires, répression syndicale, harcèlement… Les salariées de l’agence Pénélope alertent sur leurs conditions de travail à l’occasion de la Journée des droits des femmes.

V ous voulez des êtres humains de sexe féminin ? Je vous en donne » : telle est la caricature de la société Pénélope que présente le syndicaliste Patrick Mahé. Responsable de l’implantation de SUD dans cette grande agence d’hôtesses, il s’indigne : « Rien n’est fait pour faire évoluer cette profession. »

Presque exclusivement conçu pour les femmes, le métier d’hôtesse d’accueil a la particularité d’être précaire par essence, le taux horaire excédant rarement celui du Smic et les évolutions étant quasi inexistantes. Et pour cause : les agences prestataires, comme Pénélope, externalisent leurs services à des entreprises clientes, pour une plus grande flexibilité, y compris pour des postes allant au-delà des prérequis de l’hôtesse. Mais, derrière le sourire exigé, les salariées se mobilisent. La Journée internationale des droits des femmes leur offre l’occasion de dénoncer leurs conditions de travail et les méthodes managériales de cette agence qui n’a, selon les travailleuses, « ni respect ni considération pour ses employées ».

Toutes présumées remplaçables, isolées de leurs collègues, les hôtesses d’accueil connaissent peu leurs droits. De fait, elles se retrouvent souvent démunies face aux avertissements, retraits de sites et autres mesures pouvant provoquer leur départ de l’agence. Le syndicaliste résume : « Dans ce genre de métier, on se dit que les gens sont de passage, qu’ils viennent arrondir leurs fins de mois, que c’est du temporaire. Alors les salariées donnent tout ce qu’elles peuvent, et, au moindre signe de ralentissement, on s’en débarrasse. » Une interprétation que Sarah [1], ancienne salariée de Pénélope, partage. Licenciée pour « causes réelles et sérieuses » après un an de service, cette ancienne adhérente de la CFTC se voit très vite reprocher un certain nombre de choses, malgré dix ans d’expérience dans le métier. Ses pauses régulières aux toilettes, « parce qu’[elle] suivai[t] un traitement reconnu par la médecine du travail », vont jusqu’à être considérées comme des abandons de poste. Sarah reçoit également un avertissement. La cause ? Son « chignon n’est pas assez soigné ». Lors de son entretien préalable au licenciement, c’est d’ailleurs ce qui occupe la conversation.

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