Kopa : une autre époque

Raymond Kopa est mort à 85 ans. Il représentait un football populaire et dans lequel l’argent n’avait pas sa toute-puissance d’aujourd’hui.

Denis Sieffert  • 3 mars 2017
Partager :
Kopa : une autre époque
© Photo : STRINGER / AFP

La mort, ce vendredi, de Raymond Kopa, première grande star internationale du football français, nous renvoie dans une autre époque. Celle d’avant la financiarisation, de l’arrivée du Qatar, et des oligarques russes dans le foot hexagonal. Kopa avait beau être un dribbleur hors pair, qui porta le glorieux Stade de Reims en finale de la coupe d’Europe des clubs, en 1956, il était resté marqué par son origine sociale de jeune homme destiné à la mine, comme beaucoup de ses compatriotes venus de Pologne dans le nord de la France.

Raymond Kopaszewski était le représentant d’une autre sociologie dans le milieu du football. Un fils d’ouvrier et ouvrier lui-même. Vedette du Stade de Reims, au côté de Piantoni et Fontaine, il fut aussi l’artisan de la troisième place de l’équipe de France lors de la coupe du monde de 1958 qui ne s’inclina que devant le Brésil de Pelé.

« Les joueurs sont des esclaves »

Mais sa carrière illustre l’amorce d’un tournant dans l’histoire du football. Il fut le premier Français à être recruté par un grand club étranger, en l’occurrence le plus prestigieux de tous, le Real Madrid (le club préféré de Franco), où il brilla avec d’autres vedettes étrangères, comme l’Argentin Di Stéfano et le Hongrois Puskás, et remporta trois coupes d’Europe.

Les clubs les plus riches commençaient à faire leur marché en « achetant » les meilleurs dans tous les pays. Ce qui fit dire un jour à Kopa : « Les joueurs sont des esclaves ». C’était vrai déjà, et sans que ces « objets » d’exportation soient payés à millions comme aujourd’hui.

Car, toute vedette qu’il était, Kopa était très loin de bénéficier des salaires des Ibrahimovic, Messi, Neymar et quelques autres. C’était aussi avant les droits de télévision faramineux. C’était l’époque où les gamins pouvaient attendre, stylos à la main, leurs idoles pour une dédicace à la sortie des vestiaires du Parc des Princes et du stade Auguste-Delaune. Pas d’agents, pas de gendarmes mobiles. Les « dieux » étaient des hommes.


Société
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La pollution, un impensé colonialiste
Analyse 6 février 2026 abonné·es

La pollution, un impensé colonialiste

Chlordécone aux Antilles, pénuries d’eau à Mayotte, aires d’accueil de gens du voyage contaminées, quartiers populaires asphyxiés… Les populations racisées paient le prix fort d’un racisme environnemental que l’écologie dominante peine encore à nommer.
Par Thomas Lefèvre
À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »
Reportage 6 février 2026 abonné·es

À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »

Depuis plus d’une décennie, l’association Da So Vas dénonce des conditions de vie alarmantes sur l’aire d’accueil en bordure de Lille et demande des solutions de relogement. Ce lieu est devenu un symbole du racisme environnemental subi par les gens du voyage.
Par Thomas Lefèvre
La mémoire fragmentée des enfants d’immigrés
Histoire 5 février 2026

La mémoire fragmentée des enfants d’immigrés

Marquées par les traumatismes de guerre, de racisme ou de pudeur, les histoires familiales des enfants issus des générations postcoloniales peinent à être partagées. Face à ces silences, les enfants héritent d’une mémoire fragmentée, et peinent à retrouver leur récit.
Par Kamélia Ouaïssa
Immigration : absents des plateaux, les premiers concernés créent leurs propres espaces d’expression
Analyse 5 février 2026 abonné·es

Immigration : absents des plateaux, les premiers concernés créent leurs propres espaces d’expression

Les médias dominants, ou mainstream, semblent aborder encore l’histoire coloniale et l’immigration à travers un regard dominant. Podcasts, médias indépendants et plateformes numériques deviennent alors des lieux de contre-récit, de mémoire et de réappropriation.
Par Kamélia Ouaïssa