Mort de Liu Shaoyo : nouvelle bavure policière ?

Un père de famille chinois de 56 ans a été tué par la BAC dimanche 26 mars à Paris. Les versions de la police et de la famille sont opposées. Pékin a exprimé son inquiétude auprès du Quai d'Orsay.

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Une nouvelle bavure policière ? C’est en tout cas ce que dénonce Me Calvin Job, un des deux avocats – avec Me François Ormillien – de la famille de Liu Shaoyo, un Chinois de 56 ans tué par un fonctionnaire de la brigade anticriminalité (BAC), dimanche soir, à son domicile du XIXe arrondissement de Paris.

Une manifestation en son hommage était organisée lundi soir devant le commissariat de ce quartier. Environ 150 personnes étaient présentes et ont déposé des bougies en mémoire du défunt. Parmi elles, 35 ont été interpellées plus tard dans la soirée, suspectées d’avoir brisé la vitre d’une voiture de police et jeté des objets incendiaires. Depuis août 2016, la communauté asiatique montre son exaspération face au racisme et aux préjugés auxquels elle est confrontée.

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Un racisme qui s’est exposé sans réserve sur Twitter, comme le recense ce tweet de Fdebranche :

© Politis

Un mort, deux versions

Vers 20 heures, dimanche, les policiers sont intervenus dans la résidence Villa Curial, rue d’Aubervilliers, suite à l’appel d’un voisin qui se plaignait de cris émanant de l’appartement de Liu Shaoyo. Forçant la porte, ils auraient été immédiatement attaqués par ce dernier, blessant un des policiers à l’aide d’une paire de ciseau. Son collègue aurait alors répliqué, abattant l’homme d’une balle au niveau du thorax.

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Une version contraire à celle de la famille du défunt. Leur avocat explique que les policiers ont « tiré sans sommation » sur Liu Shaoyo, alors qu’il était « en train de tailler, à l'aide de ciseaux, des poissons qu’il cuisinait ». Il affirme également que l'homme n’a « porté aucun coup » et « ne s’est pas précipité » sur les forces de l’ordre. Ses enfants de 15 à 21 ans se trouvaient sur place.

La famille a été entendue par l'IGPN, qui s'est saisie de l'enquête. Elle a également exprimé sa volonté de porter plainte. Le Conseil représentatif des associations asiatiques de France, présidée par Jacques Sun, souhaite se porter partie civile, pour « comprendre ce qui a pu se passer », rappelant que c’est « une famille fragile » et que « les enfants sont dévastés », comme l’indique Le Parisien.

Échanges diplomatiques

Les réactions de Pékin ne se sont pas fait attendre. La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying explique :

Nous avons rapidement lancé des protestations officielles auprès des autorités françaises et exigé qu'elles fassent toute la lumière sur l'incident, prennent des mesures efficaces afin de protéger la sécurité, les droits et les intérêts légitimes des citoyens chinois, et traitent la réaction des Chinois vivant en France à cet incident d'une manière raisonnable.

Le porte-parole du Quai d’Orsay, Romain Nadal, s’est empressé de répondre en affirmant que la sécurité des ressortissants chinois était « une priorité des autorités françaises ». « Toutes les dispositions sont prises pour leur réserver les meilleures conditions d’accueil et de sécurité », a-t-il assuré.


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