Nouvelle-Calédonie, Judith Butler, histoire coloniale : les essais de la semaine

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Socialisme kanak. Une expérience politique à Canala (Nouvelle-Calédonie)

Christine Demmer, éd. Karthala, 248 p., 24 euros.

À l’automne 1984, le jeune Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) lance un boycott des élections territoriales. Le soulèvement kanak initie alors une série de projets locaux visant à préserver l’économie domestique, à intensifier la production agricole et, surtout, à transformer le système traditionnel des chefferies dans « la perspective d’un État-nation souverain ». Cette « option ruraliste », fondement d’un premier « socialisme kanak », sera le point de départ d’une intense réflexion des militants, qui renouvelleront leurs conceptions de la coutume et les fondements de la société indépendante en germe. Un livre passionnant sur ce « moment particulier » de cette lutte nationale.

Rassemblement. Pluralité, performativité et politique

Judith Butler, traduit de l’anglais (États-Unis) par Christophe Jaquet, Fayard, coll. « À venir », 288 p., 22 euros.

Que peuvent, que signifient des corps se rassemblant dans une action concertée ? Écrit avant l’élection de Donald Trump, ce livre n’en est que plus actuel. Il interroge les dynamiques et les implications politiques des rassemblements publics, au-delà de leurs seules revendications, à partir de ceux d’Occupy, des Indignés ou des Printemps arabes.

Judith Butler, philosophe spécialiste des questions de genre et des corps, cherche ici à redéfinir, dans le sillage de ses précédents ouvrages et dans une nouvelle signification de « l’espace public » et du « peuple », une théorie de la performativité.

Le médecin qui voulut être roi. Sur les traces d’une utopie coloniale

Guillaume Lachenal, Seuil, coll. « L’univers historique », 368 p., 24 euros.

C’est l’histoire hallucinante et cauchemardesque d’une domination « biopolitique » coloniale. Exhumée par Guillaume Lachenal, historien des sciences, elle rappelle combien les colonies furent des « espaces d’exception », où un médecin militaire, Jean-Joseph David, pouvait administrer à partir de 1939 une immense partie du territoire du Cameroun, quasi abandonnée à ses seules volontés. Il tenta « d’y réaliser une utopie où la médecine guiderait toute la politique et deviendrait thérapie sociale », non sans violence, nourrie d’expériences de « santé publique » grandeur nature. Mais on découvre bientôt avec effroi que, si le « bon docteur » avait déjà expérimenté – en tant que « roi David » – ses volontés d’impérialisme médical à Wallis-et-Futuna durant les années 1930, certaines traces de cette histoire se conjuguent encore au présent…


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