Rhoda Scott : La queen aux pieds nus

Avec le Lady Quartet, l’organiste Rhoda Scott confronte son swing aux techniques d’improvisation de la génération montante. Rencontre.

C’est toujours un peu magique d’entrer dans un club à un autre moment qu’à un concert. Comme une visite de plateau, une lumière « ni jour ni nuit », un temps suspendu. Rhoda Scott ne devait pas jouer au Sunset le soir même. Mais elle recevait dans ce lieu célèbre de la rue des Lombards, un début d’après-midi de février, grignotant sur le pouce avec sa fille et son attachée de presse.

Le Sunset et le New Morning se sont associés pour lancer We free Queens. Cette production discographique avec le Lady Quartet réunit Julie Saury à la batterie, Sophie Alour au sax ténor et Lisa Cat-Berro au sax alto. Que des femmes autour de Rhoda Scott. « Ferait-on la remarque si c’étaient des hommes ? », réplique l’organiste. Quand est sorti Rhoda Scott & Friends, enregistré l’automne dernier au Jazz Club Étoile, outre la chanteuse Leslie Lewis, elle était accompagnée de Carl Schlosser (sax ténor et flûte), Philippe Chagne (sax ténor), Nicolas Peslier (guitare) et Lucien Dobat (batterie). « Et Julie Saury à la batterie le deuxième soir. Mais, dans le jazz, 4 % des musiciens sont des musiciennes ! » Elle en convient : ce Lady Quartet était un concept marketing né pour le festival Jazz à Vienne en 2004 : « Mon agent, le programmateur Jean-Pierre Vignola, m’a demandé de remplacer Abbey Lincoln pour une soirée “femmes”. Je connaissais peu de jazzwomen, alors il m’a invitée à rencontrer Julie, Sophie et Lisa. We mixed around, rit-elle soudain. On s’est amusées à se jouer des morceaux qu’on aimait. J’avais compris que c’étaient de bonnes musiciennes, mais tout s’est joué au café : ce qui ne me paraissait pas une bonne idée est devenu une évidence. » En 2007, la formule a été relancée par Stéphane Portet, du Sunset.

La porte du club est fermée de l’intérieur, la salle est vide. L’organiste aux pieds nus – habitude prise dans le presbytère du New Jersey où son père était pasteur et où elle devait quitter ses souliers pour jouer de l’orgue – s’est installée côté public, à une petite table ronde au pied de la scène. Laquelle reste dans l’ombre. Ça n’est pas encore l’heure de la musique, mais d’en parler. Un exercice auquel Rhoda Scott se prête sans déplaisir, et même avec une certaine malice. Elle choisit ses mots et ménage ses effets, laissant percer derrière son accent américain son goût des nuances.

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