Benoît Hamon : « Cet échec est une profonde meurtrissure »

Le candidat socialiste, qui a reçu moins de 7 % des voix, a appelé ses électeurs à faire barrage au FN.

Hugo Boursier  • 23 avril 2017
Partager :
Benoît Hamon : « Cet échec est une profonde meurtrissure »
© photo : Martin BUREAU / AFP

Il attendait une erreur in extremis des sondages, une ultime vague électorale en faveur de son projet, un temps voilé derrière le brouillard des affaires. Mais tout ceci n’est pas venu : la défaite est historique pour Benoît Hamon, qui a recueilli entre 6 et 7 % des voix au premier tour de la présidentielle.

« Battre le plus puissamment possible le FN »

Arrivé quelques minutes après l’annonce des premiers résultats, le candidat socialiste a qualifié avec émotion son « échec » de « profonde meurtrissure ». « L’élimination de la gauche par l’extrême droite pour la seconde fois en quinze ans n’est pas seulement une lourde défaite électorale, elle signe aussi une défaite morale », a-t-il poursuivi. Puis, « pour battre le plus fortement et le plus puissamment possible le FN », Benoît Hamon a appelé à voter pour Emmanuel Macron :

Même si Macron n’appartient pas à la gauche, et n’a pas la vocation à la représenter demain, je fais une distinction claire, totale, entre un adversaire politique et une ennemie de la République.

Un appel applaudi par les nombreux militants du Mouvement des jeunes socialistes présents sur place, pour qui ces élections étaient parfois les premières. Plusieurs d’entre eux sont restés bouche bée, scrutant leur téléphone pour lire et relire les premiers résultats. « Je me sens désolidarisée avec une partie du peuple français. Je ne comprends pas ces résultats, avec un FN à plus de 20 % et une politique synonyme de continuité avec le quinquennat passé », explique Anouchka, la vingtaine, pour qui un barrage à Marine Le Pen se fera toutefois sans hésitation.

Espoirs épars

Le discours de Benoît Hamon a voulu porter quelques signes d’espoirs. Après une défaite « douloureuse », demain, elle sera selon lui « féconde ». Au milieu du vide qui a rapidement gagné la Maison de la mutualité, Odile, 62 ans, trouve le score « satisfaisant, pour un projet novateur né il y a quelques mois seulement ». Pour elle, « François Hollande a grillé tout le monde et a trahi une dernière fois une partie de son électorat ».

Malgré l’air lourd, et un « PS qui a été balayé », Mathieu Hanotin, le directeur de campagne du candidat, essaie de de rester positif : « On ne lie pas notre programme au résultat que l’on a fait. »

Les départs des cadres du PS et les affaires, qui ont « pourri la campagne » selon Julia Cagé, en charge du programme économique de Benoît Hamon, sont les deux arguments les plus répétés pour expliquer les causes de ce faible score. Après les résultats, l’économiste, assise sur l’estrade avant de s’éclipser dans un couloir, laissait voir un regard perdu. Plutôt seul pour commenter cette soirée, Jérôme Guedj, porte-parole du candidat, ne souhaite pas trop s’étendre sur les législatives qui auront lieu au mois de juin. Elles pourraient servir de défibrillateur pour les socialistes qui souhaiteraient « faire battre le cœur de la France ».

Politique
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Municipales : à Lille, la gauche et le petit privilège de ses divisions
Reportage 13 mars 2026 abonné·es

Municipales : à Lille, la gauche et le petit privilège de ses divisions

Écologistes et insoumis rêvent de prendre le beffroi alors que les socialistes veulent garder à tout prix leur bastion historique. Et à deux jours du premier tour, la question des alliances est déjà dans toutes les têtes.
Par Lucas Sarafian
Municipales : des listes citoyennes pour redonner confiance en la politique
Démocratie 13 mars 2026 abonné·es

Municipales : des listes citoyennes pour redonner confiance en la politique

Depuis 2020, une soixantaine de mairies sont gérées par des listes citoyennes. Un mouvement qui s’étoffe pour ces élections municipales, renforcé par le besoin de réconcilier les habitants avec la politique, et de faire front face à l’extrême droite.
Par Vanina Delmas
À Poitiers, la démocratie participative à l’épreuve des municipales
Reportage 13 mars 2026 abonné·es

À Poitiers, la démocratie participative à l’épreuve des municipales

Dans cette ville de la Vienne, la démocratie participative a été éprouvée pendant six ans par la maire Léonore Moncond’huy. Elle est au cœur des débats de cette campagnes… et de la division de la gauche.
Par Vanina Delmas
« La vraie opposition, c’est les puissants contre les précaires, pas les Calaisiens contre les exilés »
Entretien 13 mars 2026

« La vraie opposition, c’est les puissants contre les précaires, pas les Calaisiens contre les exilés »

Face à la maire Natacha Bouchart et à la poussée de l’extrême droite, la liste « Calais à gauche toute » veut rompre avec la politique d’hostilité menée contre les personnes exilées. Juliette Delaplace, figure associative et numéro deux de la liste, détaille comment une municipalité peut résister à la militarisation de la frontière.
Par Pauline Migevant