À l’Assemblée, Sébastien Lecornu gagne du temps grâce aux socialistes
Dans un discours de politique générale express, le premier ministre renonce au 49.3 et suspend la réforme des retraites. Rien de plus. Mais suffisant pour que les socialistes ne le censurent pas immédiatement.

© Thomas SAMSON / AFP
Sébastien Lecornu est un homme qui connaît la sensation du vertige. En nommant son gouvernement, il y a une semaine, il est tombé de haut. Sous pression de la droite et de son propre camp, le premier ministre a démissionné 13 petites heures après avoir composé son équipe. Quelques jours plus tard, il est renommé au même poste, chargé une nouvelle fois de trouver des compromis, de durer dans le temps, de sortir le pays de la crise politique alors que sa reconduction en est l’une des causes.
Gravir les quelques marches pour arriver à la tribune de l’Assemblée nationale peut donc être un chemin très long. Sébastien Lecornu sait que cette route est dangereuse, il sait qu’il peut ressentir à nouveau cette sensation, l’étourdissement par le vide. L’ombre d’une nouvelle chute est là. Et elle est toute proche.
Dans le chaudron parlementaire, Sébastien Lecornu n’a aucun espace. Il étouffe. À sa gauche, les socialistes rêvent d’une grande annonce de justice fiscale, la confirmation de l’abandon du 49.3 et une suspension complète et immédiate de la réforme des retraites de 2023. À l’extrême droite, il y a un mur.
Face aux vents du dégagisme, Sébastien Lecornu s’accroche éperdument à cette Ve République.
« Nous censurerons maintenant l’intégralité des gouvernements qui seraient présentés par Emmanuel Macron », a prévenu ce matin Marine Le Pen à la sortie d’une réunion entre les députés du Rassemblement national (RN) et les ciottistes de l’Union des droites pour la République (UDR). Deux motions de censure sont déjà déposées par les insoumis et les marinistes. Arithmétiquement, Sébastien Lecornu sait donc qu’il ne tient qu’à un fil. Sa majorité parlementaire est fragile. Il ne faudrait qu’une vingtaine de députés, de droite, au sein des rangs socialistes ou du groupe Liot pour qu’il chute brutalement.
MissionÀ quelques centimètres des deux micros posés sur le pupitre de l’Assemblée, le premier ministre est seul. Ce sont ses propres mots qui décideront de son avenir. Révolues sont les promesses de « ruptures ». L’heure est aux actes. À la tribune, Sébastien Lecornu évite les envolées lyriques. Le premier ministre « le plus faible de la Ve République », de son propre aveu, ne doit pas prendre de risque. Son ton est plat, presque militaire. Il ne prend pas le temps de poser ses mots.
Car ce « moine-soldat », dixit, de la Macronie empêtré dans une crise économique, sociale, démocratique et environnementale a une mission : « J’ai accepté la mission que m'a confiée le président de la République, parce que la France doit avoir un budget, parce qu’il y a des mesures d’urgence à prendre, sans
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