Dossier : Réfugiés : Le mythe de l’appel d’air

Le cruel pouvoir des mots

Depuis quarante ans, les politiques usent d’expressions sur l’immigration propres à fortifier un climat xénophobe.

Des discours politiques, l’expression « appel d’air » s’est faufilée dans les esprits et a tellement infusé qu’elle est aujourd’hui associée négativement à la question des migrants. « Cette formule joue sur la métaphore pour faire passer l’idée d’une immigration massive, tout en donnant une appréhension faussée du réel, analyse Julien Longhi, professeur de linguistique à l’université de Cergy-Pontoise. Elle permet de se focaliser sur le processus mécanique plutôt que sur le côté humain de la situation. » Une déshumanisation instillée par le Front national, mais pas seulement. Au milieu des années 1970, le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, tente d’enrayer la crise économique par des mesures restrictives en matière d’immigration. La décennie suivante, c’est le basculement idéologique. Dans un article du collectif Les mots sont importants, Pierre Tevanian et Sylvie Tissot décryptent la « lepénisation des esprits » : « Les mouvements et les associations de gauche et d’extrême gauche engagés dans cette cause voyaient leur influence décliner, l’analyse a été recadrée sur les problèmes que poseraient les immigrés et non plus ceux qu’ils subissent. » Le FN, expert de la bataille des mots, impose ses expressions aussi imagées que nauséabondes : « couper les pompes aspirantes de l’immigration », « un courant de submersion », « véritable invasion »… En 1991, Valéry Giscard d’Estaing dénonce dans le Figaro Magazine « l’immigration-invasion ». À gauche, la célèbre phrase de Michel Rocard prononcée en 1989 – «Nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde [1]. La France doit rester ce qu’elle est, une terre d’asile politique […] mais pas plus » – définit la politique migratoire du PS : promouvoir l’intégration des immigrés tout en verrouillant les flux.

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