Le futur des salariés de Whirlpool toujours incertain

Plus de 150 salariés de l’usine d'électroménager d'Amiens ont manifesté à Paris contre la délocalisation de leur entreprise.

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Solidaires, ils l’ont été tout au long de la journée. Sûrement un des seuls remèdes contre le désespoir, pour les 150 salariés de Whirlpool venus manifester ce mardi 18 avril à Paris contre la délocalisation de leur usine picarde à Łódź, en Pologne. En juin 2018, au moins 286 emplois risquent d'être supprimés.

À moins qu’un repreneur ne sauve les emplois. De cette éventualité, il a été question ce matin au siège de l’entreprise d’électroménager, situé dans le quartier de La Défense, à Puteaux (92), où les manifestant se sont regroupés avant de se diriger dans l’après-midi vers le Champ-de-Mars, devant la tour Eiffel, pour rencontrer les candidats à l’élection présidentielle.

« Rien de concret »

Plusieurs délégués syndicaux se sont donc entretenus avec le directeur France de Whirlpool et la DRH. Pour Patrice Sinoquet, de la CFDT, « rien de concret » n’en est ressorti. Les salariés n’ont pas eu plus de précisions sur la question d’un repreneur, et encore moins sur les conditions qu’ils voudraient voir remplies, comme la pérennité du site, le maintien des emplois et des salaires. Le délégué syndical annonce qu’une autre réunion est prévue la semaine prochaine.

Elisabeth, 45 ans, n’est pas surprise. Elle qui a travaillé vingt-trois ans à Whirlpool explique qu’elle est surtout là « pour alerter sur la situation ». « Chez nous, certains bossent depuis plus de vingt ans dans la boîte et n’ont aucun diplôme. C’est le cas pour beaucoup d’entreprises en France », déplore-t-elle, devant ses collègues du même âge. Pour eux, elle en est sûre, « le chômage sera très difficile ».

Entre absence et récupération politique

Les manifestants ont ensuite marché du Champ-de-Mars jusqu’au monument des Droits de l’homme, dans un enthousiasme grandissant au fur et à mesure que le soleil regagnait le ciel. Le député européen Édouard Martin a été le premier politique à s’adresser aux salariés. L’ancien syndicaliste et désormais porte-parole de Benoît Hamon a présenté certaines des mesures prônées par son candidat : remboursement des aides qu’a fournies l’État à Whirlpool avant de délocaliser, une loi Florange « accentuée », par l’obligation de trouver un repreneur en un an et non en trois mois :

Regroupés devant le monument, les salariés se sont ensuite « recueillis » devant les 286 emplois que Whirlpool a tués :

L’humeur bon enfant s’est alors dissipée chez certains d’entre eux, voyant l’attroupement de caméras autour des politiques qui commençaient à arriver. Toutefois, peu nombreux sont les candidats à avoir répondu à l’appel. Seuls Charles-Henri Gallois (UPR), un représentant de Jacques Cheminade, Édouard Martin pour Benoît Hamon et Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) étaient présents. Cette dernière, plutôt appréciée par les salariés, a discuté avec plusieurs d'entre eux.

Assises en retrait, Christelle et Nathalie observent le spectacle. Pour celles qui ont passé respectivement vingt et vingt-sept ans chez Whirlpool, la présence des politiques est difficile à appréhender. « On a du mal à y croire en période électorale », avouent-elles. Les deux femmes sont anxieuses pour leur avenir. Le mari de Nathalie travaille à Goodyear, une entreprise aussi en grande difficulté. Christelle vit avec deux enfants à charge. « Pour nous, tout est à crédit, et dans un an, on va se retrouver sans boulot, sans rien », lance la quinqua aux yeux bleus bordés de tristesse.

En avril 2018, 100 premiers salariés seront licenciés. La production à partir de cette date commencera alors à décliner, jusqu’à s’arrêter en juin. Mais d’ici là, « la production doit être toujours aussi importante », explique Nathalie, alors que les salariés, devant l’incertitude de leur avenir, voulaient travailler moins, et ont lutté pour cela. La réponse de la direction fut limpide : un huissier est venu à l’entreprise pour que la production demeure inchangée.

Derrière elles, Édouard Martin et Charles-Henri Gallois débattent sous les perches venues glaner l’échange. « Ils discutent des problèmes entre l’Écosse et l’Angleterre… Donc nous on est bien loin », lance avec ennui Yoann, flanqué d’un tee-shirt « Whirlpool fabrique des chômeurs ». Pour lui, « les politiques ne sont pas là pour nous. Et une fois qu’ils seront au pouvoir, ils oublieront, comme d’habitude ». Une récupération que d’autres voient comme un manque d’intérêt. Un des organisateurs regrette l’absence des sept autres candidats et conclut la journée de manifestation avec un sourire résigné : « S’ils veulent être Président mais ne sont pas intéressés par un problème aussi important que les délocalisations, ça commence mal. »


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