Le nouveau crime de guerre d’Assad

Le régime syrien s’est de nouveau rendu coupable d’une attaque à l’arme chimique. Il est pourtant peu probable que les réactions internationales aillent au-delà de la protestation.

Denis Sieffert  • 5 avril 2017
Partager :
Le nouveau crime de guerre d’Assad
© photo : Firas Faham / ANADOLU AGENCY

L’attaque à l’arme chimique qui a tué au moins 72 civils, mardi, contre la population du village de Khan Cheikhoun, à l’ouest de la Syrie, va-t-elle relancer la question du départ de Bachar Al-Assad ? C’est hélas peu probable. Comme à son habitude, Vladimir Poutine s’est empressé de voler au secours du dictateur syrien. Contre toute évidence, Moscou affirme que les bombes de l’aviation syrienne ont été larguées sur un « entrepôt » contenant « des substances toxiques ».

La thèse de l’accident n’a aucun crédit alors que cette attaque fait suite à beaucoup d’autres. En août 2013 déjà, le régime avait utilisé du gaz sarin dans une attaque contre deux secteurs rebelles de la périphérie de Damas, qui avait fait 1 400 morts.

Depuis cette date, et malgré l’engagement à détruire son arsenal chimique, le régime a répété à plusieurs reprises des attaques au gaz. Notamment, en mars 2015 contre la ville de Qmenas, dans la région d’Idlib. Autre évidence qui accable Bachar Al-Assad, l’aviation syrienne a bombardé, quelques heures plus tard, l’hôpital de Khan Cheikhoun où étaient soignés des blessés, et cinq autres raids ont encore eu lieu mercredi matin.

Issue verrouillée par la position russe et iranienne

Toutes les capitales ont d’ailleurs condamné ce nouvel acte barbare d’Assad. Même Washington, plus complaisant depuis l’arrivée de Donald Trump, a présenté avec Paris et Londres une résolution condamnant l’attaque et appelant à une enquête « complète et rapide » de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. Le texte demande aussi à Damas de fournir les plans de vol de son aviation.

Mais après l’émotion provoquée par des images montrant des victimes prises de spasmes et de suffocation, il est peu probable que l’on aille plus loin qu’une protestation. Une de plus. Toute issue est verrouillée par la position russe et iranienne, et par la faible probabilité d’un réengagement des États-Unis dans ce conflit. Les capitales occidentales sont uniquement investies dans la guerre à Daech, dans l’est du pays, autour de Raqqa, toujours tenue par les islamistes.

« Si l’Onu est incapable d’empêcher le régime de commettre de tels crimes, comment faire réussir un processus politique en vue d’une transition en Syrie ? », a commenté le négociateur en chef de l’opposition, Mohammad Sabra. Le processus politique bute toujours sur le sort à réserver à Bachar Al-Assad. L’idée russe selon laquelle la transition devrait conduire à une élection alors que le dictateur syrien serait toujours au pouvoir est évidemment considérée comme une imposture par l’opposition qui n’ignore pas que tout scrutin démocratique est impossible sous ce régime.

Monde
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Ukrainiens en Pologne : de l’hospitalité à l’hostilité
Reportage 13 mai 2026 abonné·es

Ukrainiens en Pologne : de l’hospitalité à l’hostilité

Au moment de l’invasion russe en Ukraine, nombre de familles ont trouvé accueil et protection chez le voisin polonais. Quatre ans après, la situation a changé. Les aides sociales ont été supprimées, les violences sont en hausse, les discours xénophobes et la haine en ligne progressent
Par Maël Galisson
À Kerkennah, en Tunisie, le soupçon migratoire pénalise la population
Monde 7 mai 2026 abonné·es

À Kerkennah, en Tunisie, le soupçon migratoire pénalise la population

Dans l’archipel tunisien, les contrôles de la garde nationale pour empêcher l’émigration clandestine se sont intensifiés depuis 2017. Un dispositif sécuritaire qui entrave la liberté de circuler des habitants et complique les conditions de travail des pêcheurs, déjà dégradées par la pêche illégale.
Par Nadia Addezio
« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »
Entretien 4 mai 2026 abonné·es

« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »

Deux continents, un combat. L’une, Janette Zahia Corcelius, résiste aux raid de l’ICE, la police anti-immigration de Trump. L’autre, Anzoumane Sissoko, lutte pour la régularisation des étrangers depuis vingt-quatre ans. Une rencontre pour penser la résistance transatlantique contre l’autoritarisme et les répressions anti-migratoires.
Par Juliette Heinzlef et Maxime Sirvins
Réfugiés afghans : « Je veux la liberté, vivre comme un être humain normal »
Enquête 30 avril 2026 abonné·es

Réfugiés afghans : « Je veux la liberté, vivre comme un être humain normal »

Journalistes, personnes LGBTQ+, femmes, enfants : des Afghan·es menacé·es par les talibans témoignent de leur abandon par la France.
Par Ana Pich