Manifestations après le 1er tour : « Ni patrie ni patron, ni Le Pen ni Macron »

Quelques rassemblements ont eu lieu à la suite des résultats du scrutin présidentiel, dont les mots d’ordre diffèrent de ceux du 21 avril 2002.

Hugo Boursier  • 24 avril 2017
Partager :
Manifestations après le 1er tour : « Ni patrie ni patron, ni Le Pen ni Macron »
© Photo : Jérémie Lusseau / Hans Lucas

Ni patrie ni patron, ni Le Pen ni Macron. » Le message, inscrit au pied de la Marianne de bronze sur la place de la République à Paris, résume bien, par sa limpidité comme par sa brièveté, le goût amer qu’a laissé, pour les centaines de manifestants présents, le résultat d’une « mascarade présidentielle ».

Au cours d’une nuit qu’ils voulaient être celle « des barricades », les militants anonymes ont souhaité exprimer leur colère devant « le chantage entre le libéralisme d’un côté et le fascisme de l’autre ». Mais cette nuit fut rapidement celle de la répression, tant les forces de l’ordre étaient nombreuses – signe aussi que la présence du FN au second tour sonnait depuis déjà de longs mois comme un refrain familier dans les oreilles des autorités.

Peu nombreux ?

Quinze ans plus tôt, ils étaient pourtant des milliers à s’être soulevés le soir même où le père de Marine Le Pen reçut son ticket gagnant, répondant à l’appel de nombreux partis et syndicats. Mais dimanche soir, peu nombreuses étaient les voix institutionnelles voulant la révolte de la rue, laissant ainsi le champ libre à celles et ceux qui refusent de voter, et ce coûte que coûte.

À lire aussi >> L’abstention active comme action politique

Des rassemblements étaient prévus dans treize villes un peu partout en France, de Strasbourg à Montpellier en passant par Bordeaux, Rennes, Caen ou Lille, souvent organisés par des « ingouvernables ». Dans plusieurs d’entre elles, la soirée s’est conclue par des interpellations – 143 à Paris, où le reporter Nnoman, qui filmait en direct sur Facebook, a par ailleurs indiqué avoir été frappé par la BAC après avoir vu son téléphone confisqué.

À Bordeaux, une manifestation a bien eu lieu, contrairement à ce qu’a affirmé Le Monde. _Sud Ouest en a rendu compte.

© Politis

« Maintenant »

La veille, partant de la même place de la République où les manifestations de dimanche ont eu lieu, pour aller jusqu’à la Bastille, environ 2 000 personnes s’étaient rassemblées pour un « 1er tour social », à l’appel de plus de 70 organisations syndicales et citoyennes. Les revendications étaient claires : montrer que « quel que soit le candidat élu, il lui faudra faire avec la rue ». La solidarité était d’ailleurs bien visible parmi le « cortège de tête », animé par un esprit semblable à celui du printemps contre « la loi travail et son monde ».

À lire aussi >> [Premier tour social : « Il faudra faire avec la rue »](Premier tour social : « Il faudra faire avec la rue »)

Quelques blocus de lycée ont aussi émaillé la matinée de ce lundi 24 avril, alimentés sur les réseaux sociaux par le hashtag #SansMoiLe7Mai. Une assemblée relayée par le mouvement Génération ingouvernable est d’ailleurs organisée ce soir même, pour « organiser la riposte ».

© Politis

À signaler enfin : après L’insurrection qui vient (2007) et À nos amis (2014), le Comité invisible a publié le 21 avril Maintenant, un livre qui souligne la beauté de former des « destitutions » locales comme « prises sur le monde ». Si cette volonté n’est sans doute pas partagée partout dans les milieux anticapitalistes, elle reste toutefois le signe d’une nouvelle forme de lutte et d’organisation, qui trouvera certainement d’autres adeptes dans les mois à venir.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Au-delà du cas Bruel, les rouages d’un système
Analyse 26 juin 2026 abonné·es

Au-delà du cas Bruel, les rouages d’un système

L’affaire touchant le chanteur rappelle une évidence trop souvent oubliée : les violences prospèrent rarement seules. Elles s’inscrivent dans des structures qui les tolèrent, les couvrent ou les encouragent. Comment l’industrie musicale produit des monstres.
Par Lise Lacombe
Corse : journée des dupes à l’Assemblée
Parti pris 26 juin 2026

Corse : journée des dupes à l’Assemblée

L’Assemblée nationale a adopté le projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République. Il s’agissait, nous dit-on, de trancher sur une seule question : autonomie ou pas autonome ? Cette manière de présenter le problème est un leurre.
Par Roger Martelli
Meurtre de Nahel : le combat des mots
Médias 24 juin 2026 abonné·es

Meurtre de Nahel : le combat des mots

Dès les premières heures après la mort de Nahel, les mots des médias grand public ont déshumanisé le jeune homme. L’éventualité d’un retour du terme « meurtre » dans le débat public, avant le procès du policier, autorise la perspective d’un autre regard sur « l’affaire Nahel ».
Par Ramdan Bezine
« Avec le drame de Nahel, la jeunesse a compris qu’il fallait lutter pour se faire entendre »
Entretien 24 juin 2026 abonné·es

« Avec le drame de Nahel, la jeunesse a compris qu’il fallait lutter pour se faire entendre »

Nemetodorum est une pièce de théâtre documentaire créée par Nicolas Sene, avec comme point de départ la mort de Nahel Merzouk le 27 juin 2023. Le cinéaste, artiste et acteur de terrain dans la ville des Hauts-de-Seine cherche à inscrire dans le champ culturel la mémoire de ce drame.
Par Kamélia Ouaïssa