Pékin étouffe les ONG

Une loi entrée en vigueur le 1er janvier durcit considérablement les conditions d’exercice des associations étrangères. Certaines jettent l’éponge et c’est toute la société civile qui s’inquiète.

Li Mei est une militante anti-sida qui a tout pour déplaire au pouvoir du président chinois, Xi Jinping. Diplômée de l’une des meilleures facultés de Chine, maniant parfaitement l’anglais, cette Chinoise trentenaire [1] travaille à Pékin pour une petite ONG américaine promouvant l’accès à la santé à travers l’Asie. Pendant des années, parallèlement à son combat contre le VIH, Li Mei a également animé des formations pour professionnaliser les ONG chinoises. Dans ses séminaires, elle délivrait les secrets du métier : comment convaincre un donateur, écrire un argumentaire… Mais, dorénavant, Li Mei doit se faire aussi discrète qu’une petite souris. « Pourtant, je ne me suis jamais considérée comme une activiste radicale », dit-elle, les yeux cachés par de grosses lunettes de soleil. Nous sommes assis sur un banc autour du lac Xihai, dans le vieux Pékin. Loin des regards indiscrets. « Le gouvernement chinois a peur qu’une révolution de couleur secoue le pays, reprend-elle. C’est pour cela qu’il a décidé de mettre les ONG étrangères sous contrôle. » Pour Li Mei, tout a changé depuis que la Chine s’est dotée d’une grande loi plaçant, pour la première fois, les quelque sept mille ONG étrangères présentes sur le territoire chinois sous la coupe de la police. Symbole du tour de vis répressif opéré depuis l’arrivée au pouvoir, fin 2012, de Xi Jinping, le texte est entré en vigueur le 1er janvier. Quatre mois après, il produit déjà l’effet escompté par le régime : des dizaines d’associations, si ce n’est davantage, se sont mises en sourdine. « De nombreuses ONG ont suspendu leurs opérations pour se consacrer en priorité à la procédure d’enregistrement. On gère toujours les affaires courantes, mais les actions concrètes sont interrompues », regrette Li Mei. « Nous avons des salariés, des donateurs et des programmes à mener, mais tout est bloqué à cause de cette loi ! », peste, de son côté, la directrice pour la Chine d’une grande ONG internationale sise à Pékin. Car, désormais, plus possible de faire autrement : la loi réglementant « les activités des organisations non gouvernementales étrangères sur le continent chinois » – son intitulé officiel – exige que celles-ci disposent d’une existence légale en Chine pour pouvoir y travailler. Concrètement, les associations étrangères doivent d’abord identifier, parmi une liste préétablie par Pékin, une « unité professionnelle de supervision », puis s’associer avec elle. Problème : ces « unités » sont en fait des organisations chinoises, publiques ou semi-gouvernementales, travaillant sur les mêmes thématiques que l’ONG en question. Ensuite, passé cette première étape, la loi donne 30 jours aux associations pour s’enregistrer formellement auprès du ministère de la Sécurité publique, la police chinoise. Seules celles qui obtiendront, au cas par cas, cet ultime feu vert pourront enfin obtenir des visas pour leurs collaborateurs occidentaux, ouvrir un compte en banque… Mais, en retour, elles seront également davantage contrôlées.

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