Al Hoceïma : Une nouvelle nuit de manifestations

Ces derniers jours, la tension est à son maximum dans cette ville du Nord du Maroc. L’arrestation de Nasser Zefzafi, leader de la contestation dans le Rif, a mis le feu aux poudres.

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N ous sommes tous Zefzafi », s’écriaient des milliers de manifestants la nuit dernière à Al Hoceïma. Vers 22 heures, après la rupture du jeûne du ramadan, les habitants ont afflué dans les principales artères de cette ville du Rif, afin de réclamer pour la deuxième nuit consécutive la libération du leader de la contestation populaire dans le Nord du Maroc, Nasser Zefzafi. Interpellé lundi matin, il était activement recherché par la police depuis vendredi soir pour avoir « insulté le prédicateur et prononcé un discours provocateur ». L’homme de 39 ans avait interrompu le prêche d’un imam de la mosquée Mohammed VI en haranguant: « Est-ce que les mosquées sont faites pour Dieu ou le makhzen [pouvoir, NDLR] ? », un geste symbolique sachant que le roi est le chef religieux du royaume.

La ville est en pleine ébullition : des heurts ont opposé manifestants et forces de l’ordre durant le week-end. Lundi soir, ce sont plus de 3 000 habitants qui se sont rassemblés pacifiquement. Plus d’une quarantaine d’hommes issus du noyau dur du « hirak » (nom du mouvement qui anime la contestation du Rif depuis plus de six mois) ont été arrêtés à la suite de ces manifestations, une vingtaine d’entre eux ont comparu devant le tribunal ce mardi pour « outrage aux agents des forces de l’ordre et usage de violence ». Leur procès a été immédiatement reporté au 6 juin à la demande de leurs avocats.

« Séisme social »

Si les manifestations des derniers jours trouvent écho dans la presse internationale, le mouvement de contestation porté par le leader Nasser Zefzafi n’en est pas à sa première action.

C’est la mort de Mouhcine Fikri, vendeur de poisson broyé par une benne à ordures le 28 octobre dernier, qui avait soudainement réveillé le Rif. Comparé à la mort de Mohamed Bouazizi, qui avait déclenché la révolution en Tunisie en 2011, cet événement a lancé un mouvement de contestation pacifique dans la région et dans d’autres villes marocaines telles que Casablanca ou Rabat, une première pour le Maroc depuis les années 1990. S’en est suivie une montée en tension dans l’ensemble de la région qui, sept mois plus tard, n’est toujours pas redescendue. Les manifestants arborent drapeaux de la République – éphémère – du Rif, symbole de la révolte contre le colonisateur espagnol. La presse locale, elle, parle d’un véritable « séisme social » assez préoccupant.

Les mois défilent, mais la grogne, elle, perdure. Les différentes tentatives du gouvernement pour apaiser les tensions ont totalement échoué : un catalogue de projets pour désenclaver cette région avait été lancé comme dernier recours par l’État, en vain.

Avec un chômage très élevé, cette situation ne peut plus durer pour les habitants : « Cela fait six mois que nous résistons […] et nous résisterons jusqu’à ce qu’il [l'État] réponde à nos revendications sur le développement économique et social de notre région », affirme le leader du mouvement à l’AFP. Il ajoute que la création d’un « État indépendant » n’est pas dans l’agenda du mouvement.

Ces nombreuses manifestations renvoient le nord de l’Afrique aux temps des révolutions arabes de 2011. Et si celles-ci avaient trouvé un second souffle au Maroc ?


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