« Avec papa Emmanuel, pour les riches, c’est déjà Noël ! »

Des militants de la campagne « Nos droits contre leurs privilèges » ont bloqué l’entrée d’une boutique Louis Vuitton à Paris, afin d’alerter sur les cadeaux fiscaux annoncés pour le quinquennat d’Emmanuel Macron.

Maïa Courtois  • 20 mai 2017
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« Avec papa Emmanuel, pour les riches, c’est déjà Noël ! »
© photo : Maïa Courtois

Sous l’œil curieux des gens attablés aux terrasses de Saint-Germain-des-Prés, un attroupement se forme devant la boutique Louis Vuitton. Une quarantaine de personnes : des militants d’Attac, des membres de l’association Droit au logement (DAL)… et des jeunes hommes en costard-cravate, les poches pleines de (faux) billets. Au mégaphone, une femme salue ces jeunes « start-uppers », leur dit qu’ils sont des « winners » et que, nom d’un « hasthag Macron ! », ils sont « bien meilleurs que les losers. » Puis elle lance une chanson, reprise autour d’elle : « Gare au vent, gare au vent, vent en marche arrière / Macron roule pour les puissants, Arnault et Lagardère ! »

Ce n’est pas pour rien que ce happening de la campagne « Nos droits, contre leurs privilèges », menée par un ensemble de syndicats et d’associations, a lieu devant la célèbre enseigne. Qui dit Louis Vuitton dit LVMH… et donc Bernard Arnault, première fortune de France. Une semaine après la cérémonie d’investiture du nouveau président Emmanuel Macron, l’organisation veut mettre en lumière les cadeaux fiscaux à venir pour les banques et grandes entreprises. Afin de symboliser les principales mesures du quinquennat, des militants coiffés de bonnets de père Noël déposent trois cadeaux géants devant l’entrée de la boutique. Un pour le CICE « version deux », un autre pour la réforme sur l’ISF, un dernier pour la réduction de l’impôt sur les sociétés, de 33 à 25 %.

Une aubaine pour les très très riches

Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac, explique : « Avec la réduction de l’impôt sur les sociétés, Emmanuel Macron s’engouffre dans la concurrence fiscale accrue avec les pays européens, et ça va nous coûter plusieurs milliards. » Quant à l’ISF, elle ne croit pas à l’argument d’Emmanuel Macron, qui consiste à dire que le supprimer pour les actionnaires permettra de réinjecter des capitaux dans l’économie réelle. « Ce flux vers l’économie réelle est de toute façon faible voire négatif. La vraie mesure efficace, ce serait de séparer banques de détail et banques d’affaires », estime-t-elle. Elle jette un œil vers les cadeaux géants derrière elle. « Et puis il manque un cadeau, là : le plafonnement des impôts sur le capital à 30 %. Une aubaine pour les très très riches », ceux qui paient aujourd’hui au-delà de ce seuil.

Emmanuel Macron a voulu compenser l’annonce de cette dernière mesure par celle de la suppression de la taxe d’habitation. Mais ça, pour les militants d’Attac, c’est un vrai « cadeau empoisonné » : « 40% des gens ne la paient déjà pas, argumente Aurélie Trouvé. C’est donc avant tout pour mettre sous tutelle les communes, à qui il ne restera plus que la taxe foncière… Voilà comment leur imposer l’austérité financière. » Une austérité qui pèsera sur les services publics, sous le mandat d’un président qui promet en effet une réduction des dépenses publiques de 60 milliards. « L’argent qu’il offre, il faut bien qu’il le prenne quelque part…», conclut la porte-parole. Derrière elle, les militants de l’association Droit au logement scandent « Des logements sociaux, pas de cadeaux fiscaux ! » Les « winners start-uppers », eux, s’amusent à lancer en l’air, dans des cris d’euphorie, cotillons, paillettes et faux billets.

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