Dossier : Guerre des Six-Jours : 50 ans de lâcheté et d'hypocrisie

Cisjordanie : Un demi-siècle de colonisation

La politique coloniale israélienne a considérablement affaibli la solution à deux États et créé les conditions d’une annexion rampante.

L’histoire du conflit israélo--palestinien depuis 1967 peut faire l’objet d’un récit de larmes et de sang, avec son cortège de guerres et d’attentats, de processus de paix avortés et de répressions. Mais rien sans doute ne décrit mieux cette longue séquence, qui va de la guerre des Six-Jours à aujourd’hui, qu’une carte et quelques chiffres. C’est l’histoire de la colonisation qui dit, au-delà des discours, les véritables intentions d’Israël et pose les termes du possible, ou du « encore possible ». En 1972, quelque 10 000 colons vivaient sur l’ensemble des Territoires palestiniens occupés, Cisjordanie, Jérusalem-Est et Gaza. Ils sont 650 000 aujourd’hui. Il faut ici mettre le sort de Gaza entre parenthèses. À vrai dire, l’étroit territoire n’a jamais été un enjeu de colonisation de peuplement. La spectaculaire « décolonisation » de Gaza organisée en 2005 par Ariel Sharon a surtout été un habile coup politique ayant préparé le blocus qui asphyxie aujourd’hui la population. En revanche, la Cisjordanie et Jérusalem-Est constituent bien les objectifs historiques de l’État hébreu, par-delà les orientations de ses gouvernements. Il ne faut jamais oublier la promesse du père fondateur d’Israël, David Ben Gourion, lorsqu’il a accepté le plan de partage de novembre 1947 : « L’État hébreu partiel n’est pas une fin, mais seulement un début […], nous y ferons venir tous les juifs qu’il sera possible d’y amener […], nous créerons une économie polyvalente […]. Nous organiserons une défense nationale moderne […], et alors je suis certain qu’on ne nous empêchera pas de nous installer dans d’autres parties du pays, soit en accord avec nos voisins, soit par tout autre moyen… » En 2002, alors qu’Israël menait l’opération « Rempart » en Cisjordanie, Ariel Sharon avait rafraîchi la mémoire des amnésiques : « Nous poursuivons la guerre de 1948 », avait-il lancé comme un défi. Autrement dit, autant dans l’esprit du chef historique de la gauche israélienne que dans celui du leader du Likoud (le parti de la droite), l’acceptation du partage n’était que tactique. Il n’était pas question de renoncer à l’appropriation de toute l’ancienne Palestine mandataire, de la Méditerranée au Jourdain. Et les chiffres montrent que l’objectif n’a jamais été perdu de vue. En 1983, 76 000 colons vivaient dans la partie arabe (Est) de Jérusalem. Ils étaient 153 000 en 1993, au moment des accords d’Oslo. Ils sont 220 000 aujourd’hui. En cette même année 1993, 110 000 colons peuplaient la Cisjordanie ; ils étaient 200 000 au moment du sommet de Camp David, en juillet 2000.

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