Cyberattaque et fachosphère

L’affaire des « MacronLeaks » est extrêmement sérieuse, même si elle n’a pas perturbé le scrutin du second tour.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


De cette attaque informatique, Hollywood pourrait faire un thriller haletant. Mais dans la réalité, elle a quelque chose de glaçant. Vendredi 5 mai, vers 20 h 30, sont mis à disposition sur un site américain des documents issus de comptes e-mails de proches d’Emmanuel Macron qui participent à sa campagne. Une masse de données livrées sans filtre, et piratées selon la méthode de l’« hameçonnage », faisant croire à la victime qu’elle se trouve sur un site connu où elle renseigne ses identifiants et mots de passe… Ce sont les MacronLeaks : des faux mêlés à des documents authentiques où se côtoient argumentaires, pièces comptables et grilles de salaires, mais aussi échanges privés. Et ce à quelques heures de la clôture de la campagne officielle, interdisant à l’équipe d’En marche ! de répliquer.

Une aubaine pour ceux qui s’empressent de les diffuser sur Twitter. Comme Jack Posobiec, militant américain pro-Trump, ou Wikileaks. L’organisation de Julian Assange, tout en précisant qu’il s’agit d’une « possible blague », relaie sans retenue, avec le même zèle dont elle a fait preuve envers les mails du directeur de campagne d’Hillary Clinton lors de la présidentielle outre-Atlantique. Enfin, à 23 h 40, Florian Philippot, imité par d’autres responsables du Front national, envoie un tweet impeccablement conspirationniste : « Les #MacronLeaks apprendront-ils des choses que le journalisme d’investigation a délibérément tues ? Effrayant ce naufrage démocratique. »

Le parquet de Paris a ouvert une enquête, et l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, le gendarme français de la cybersécurité, a été saisie. Autrement dit, l’affaire est extrêmement sérieuse, même si elle n’a pas perturbé le scrutin du second tour. D’autant que rien, dans ces MacronLeaks, ne semble sujet à révélations tonitruantes. Les commanditaires ? Les regards se tournent vers la Russie, déjà soupçonnée dans des affaires semblables. Mais, en l’occurrence, un État n’est peut-être pas lui-même impliqué. Mounir Mahjoubi, responsable de la campagne numérique d’En marche !, penche plutôt pour « une fachosphère hyper organisée et soutenue par des forces et des organisations étrangères ». Un mondialisme informatique de l’extrême droite, en quelque sorte. Une internationale délinquante et dangereuse, profondément antidémocratique.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents