Delahousse rend Le Pen acceptable

Le présentateur du journal de France 2 a brillé par l'inconsistance de ses questions, dimanche soir devant la candidate d'extrême droite.

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Voter Emmanuel Macron afin d’empêcher Marine Le Pen d’être élue n’est pas un geste aisé, même s’il est à mes yeux nécessaire. Cette difficulté est de tous ordres, au premier rang desquels la politique qu’il mènera. Mais il en est bien d’autres. Dont le candidat d’En marche ! lui-même. Chacun peut estimer quel a été son propos le plus accablant. Ou l’image la plus navrante : pour ma part, le voir faire copain-copain avec Cyril Hanouna m’a soudain éclairé sur le rapport qu’il entretient avec son penseur « chéri », Paul Ricœur. Il faut, par ailleurs, supporter l’idée d’accomplir le même vote que tous les Valls, BHL, Attali et consorts, pompiers pyromanes spécialistes en injonction morale. Conseil pratique : leur réserver le plus profond mépris. Cela évite de se sentir concerné par leurs sinistres diatribes.

Mais, à dire vrai, l’obstacle le plus sérieux vient de l’opération de normalisation réussie par la candidate du Front national. Un succès auquel, on le sait, les médias ont amplement contribué. L’un des derniers exemples en date : l’interview, dimanche dernier, par Laurent Delahousse de Marine Le Pen sur France 2. Adoptant son air inspiré de simili Brad Pitt pour pub capillaire, le journaliste multiplie les angles d’attaque. Il acère ses flèches, qui tombent dru : « Les meetings, c’est enivrant ? » ; « Êtes-vous une femme de pouvoir ? » ; « Quelque chose a-t-il changé en vous depuis quelques mois ? »… On sent la fille de son père déstabilisée. « Le doute ne fait-il jamais parti de votre logiciel ? » Que c’est dur ! Le bourreau poursuit, sans pitié : « Vous êtes le peuple, Marine Le Pen ? » Aux abois, celle-ci se défend à coups de grenades lacrymogènes. Les soutiens d’Emmanuel Macron, affirme-t-elle, ne sont autres que « la CGT, l’UOIF »

Delahousse ne cille guère, recueillant ces « révélations » comme les trophées d’un professionnel de l’interview politique. La bête étant touchée, voici l’instant de vérité profonde. Chez l’humble candidate, il sonde l’immense solitude commune à tous les grands de ce monde : « De l’exercice du pouvoir, vous en parlez avec qui ? », souffle-t-il, l’œil humide. C’est avec toi qu’elle en parle, banane à plumes ! Toi qui par ton auto-complaisance donne au fascisme rampant le visage humain d’une femme dévouée et incorruptible !


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