Nicolas Hulot : l’écolo utile ?

L’écologiste avait toujours refusé un poste ministériel, se contentant de dispenser ses conseils auprès des trois précédents Présidents. Aura-t-il les moyens d’agir ?

Patrick Piro  • 17 mai 2017
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Nicolas Hulot : l’écolo utile ?
© photo : CITIZENSIDE / Thierry THOREL / AFP

« Enfin ! » souffleront ses fans. Il aurait sûrement aimé devenir vice-Premier ministre en charge de l’Écologie, poste de très haut niveau dont il avait suggéré la création dans son Pacte écologique de 2007, mais Nicolas Hulot se voit très correctement doté dans l’équipe d’Édouard Philippe, avec rang de ministre d’État (l’un des trois du gouvernement) chargé de la transition écologique et solidaire.

Le moteur essentiel de sa motivation, comme il le martèle depuis toujours, c’est : où serais-je le plus utile ? Conscient des limites de l’action associative, en dépit de l’influence de la fondation qui porte son nom, il teste depuis près de deux décennies la frontière de l’engagement politique, et les Présidents qui se sont succédé dans la période ne se sont pas privés de tendre l’oreille à l’écologiste le plus populaire de France. Il est notamment l’auteur du célèbre incipit « notre maison brûle, et nous regardons ailleurs » de Chirac lors du Sommet de Johannesburg en 2002.

Mais Nicolas Hulot se rend vite compte de sa maigre influence d’officieux consultant de luxe, aimable distraction des gouvernants. Craignant d’être incapacité, il refuse à trois reprises le maroquin écologiste – proposé par Chirac, Sarkozy et Hollande. Aussi envisage-t-il de lancer sa propre trajectoire politique. Mais c’est toujours trop tôt ou trop rude pour lui. À trois reprises il rôde, avec une hésitation pugnace qui agace les écologistes, autour d’une candidature à la présidentielle. Pour finir par renoncer en 2007 en dépit d’une cote de popularité stratosphérique, être battu par Eva Joly lors de la primaire EELV de 2011, et jeter l’éponge en juin 2016 alors que les écologistes étaient tous d’accord pour le soutenir.

Emmanuel Macron, lui, est parvenu à le convaincre de mettre les mains dans le cambouis de l’exécutif. Une belle prise, mais une demi-surprise seulement : Nicolas Hulot a toujours justifié ses refus précédents par crainte de récupérations politiques. Avec un Président « ni de gauche ni de droite, bien au contraire », le voilà tranquille de ce côté.

Un large périmètre d’action, encore inconnu

Reste son « utilité ». Qu’a donc négocié Hulot, indépendant d’esprit, peu influençable et ne courant pas après les honneurs, pour faire le cadeau au nouveau Président d’une collaboration qui pourrait drainer bien des voix de la mouvance écologiste en faveur des candidats de la République en marche lors des législatives de juin ? Il est trop tôt pour le savoir. Cependant, la stature de son ministère laisse supposer un large périmètre – comprenant notamment le traitement de la précarité énergétique ?

Ce sont bien sûr les arbitrages concernant les dossiers chauds qui livreront, rapidement, des réponses. Emmanuel Macron, qui ne s’est guère distingué par son allant écologique lors de la campagne, se montrait cependant « ouvert », n’ayant pas beaucoup pris le temps de s’intéresser à l’écologie, nous témoignait récemment Corinne Lepage, ex-ministre de l’environnement de Chirac, qui avait rejoint le comité politique du vainqueur de la présidentielle. Ouvert jusqu’où ?

Notre-Dame-des-Landes n’est peut-être pas le point d’achoppement le plus probable : le nouveau chef de l’État veut régler la question « en six mois » avec un médiateur, et Nicolas Hulot est opposé à l’aéroport, mais ils pourraient s’accorder sur la solution qui a émergé grâce au travail des citoyens locaux, et qu’avait adoptée Ségolène Royal – la mise à niveau de l’aéroport existant de Nantes-Atlantique, solution par ailleurs la moins onéreuse.

Le nucléaire échappe certainement à Nicolas Hulot, ce secteur si singulier logeant généralement à l’industrie, dévolue à Bruno Le Maire. Cependant, la promesse du candidat Macron de tenir les engagements de la loi de transition énergétique (réduction de la part du nucléaire de 75 % à 50 % d’ici à 2025) devrait suffire à l’écologiste, devenu antinucléaire après Fukushima, et qui aura pour mission de mettre en musique ce texte d’envergure.

Il a pu obtenir des gages du côté de la biodiversité, de l’alimentation et de l’agriculture – les pesticides ont tellement mauvaise presse… Mais le vrai test, c’est la lutte contre les émissions de CO2, la priorité historique de Nicolas Hulot. Emmanuel Macron a bougé sur le diesel (il le défendait il y a peu encore), mais son projet de rattrapage des taxes appliquées à ce carburant reste bien timide. Et puis qu’en est-il de la mise en place d’une vraie fiscalité sur les activités émettrices, puissant outil à même de « décarboner » l’économie ? Nicolas Hulot la réclame depuis longtemps. Mais pas vraiment la politique libérale d’Emmanuel Macron et de son ministre de l’Économie Bruno Le Maire ! Voilà au moins un des terrains pour un clash possible et rapide…

Politique
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