Comment la Cour des comptes et Macron préparent l’austérité

La juridiction financière publie un rapport accablant le gouvernement précédent et demandant toujours plus d’économies. Il permet surtout de préparer à de futures coupes budgétaires.

Selim Derkaoui  • 30 juin 2017
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Comment la Cour des comptes et Macron préparent l’austérité
© photo : Édouard Philippe et Didier Migaud, président de la Cour des comptes, le 29 juin 2017. BERTRAND GUAY / AFP

E n 2017, sans mesures nouvelles de redressement, le déficit public dépasserait de 0,4 point de PIB l’objectif pour atteindre 3,2 points de PIB », s’alarme la Cour des comptes dans son dernier rapport, commandé par Édouard Philippe dès son entrée à Matignon. Elle affirme, par ailleurs, que les derniers textes budgétaires du quinquennat Hollande sont « entachés d’insincérités ».

« Un effort d’économies sans précédent » est donc demandé à la France par l’institution, afin de respecter la demande « austéritaire » des traités européens : ramener à 3 % les déficits publics, à un moment où Paris, ayant déjà bénéficié de deux délais de deux ans, ne pourra en effet certainement pas bénéficier d’une nouvelle rallonge de la part de Bruxelles.

Et, à lire les recommandations de la Cour des comptes, on comprend vite ce qu’elle entend par « effort d’économies sans précédent » : compression des effectifs, augmentation de 1 % du temps de travail, non remplacement d’un fonctionnaire sur trois dans les fonctions publiques hospitalières et territoriales, etc.

La Cour reproche principalement au gouvernement précédent des oublis volontaires, d’avoir été bien trop optimiste dans ses prévisions – 2 milliards d’euros –, des dépenses « sous-évaluées », ou encore « une sous-estimation […] des dépenses de retraite, et de l’impact de la recapitalisation d’Areva ». L’opération de recapitalisation du géant du nucléaire pourrait en effet dégrader le solde budgétaire de 2,3 milliards d’euros, soit 0,1 point de PIB, précise le rapport, alors qu’il n’a pas encore été décidé s’il elle serait financée par des cessions de l’Etat, et si elle rentrerait dans le calcul du déficit bruxellois ou non.

« La Cour relève que le risque de dérapage du déficit public pour 2017 est du même ordre que celui mis en évidence lors de l’audit des finances publiques en 2012 », précise le rapport. Peu de temps après la publication de cet audit, Édouard Philippe s’est empressé de dénoncer, dans une déclaration, un « dérapage inacceptable de 8 milliards d’euros ». En 2012, lorsqu’il était député Les Républicains, Édouard Philippe était étrangement bien plus silencieux, comme l’a rappelé la députée PS Valérie Rabault sur son blog.

L’exécutif a annoncé qu’il renonce au 2,8 % de déficit, fixé par Hollande, et se donne comme objectif 3 % dés 2017. Le gouvernement devra ainsi trouver 8 milliards d’euros. Certaines promesses de campagne de Macron – soutien aux énergies renouvelables, augmentation des dépenses d’assurance maladie ou de retraites, notamment –, seront donc très difficiles à mettre en œuvre s’il s’attache à suivre les recommandations de la Cour. Par ailleurs, le gouvernement songe déjà à reporter d’un an la transformation du CICE en baisse des cotisations sociales, initialement prévues au 1er janvier 2018.

De passage sur TF1, Édouard Philippe a annoncé la couleur, parlant d’une « France […] droguée à la dépense publique, […] une prison qui va peser sur les générations futures ». Car, finalement, quoi de mieux qu’un rapport de la Cour des comptes pour annoncer et « légitimer » de futures coupes budgétaires. Pourtant, Emmanuel Macron, ministre de l’Économie sous le gouvernement aujourd’hui mis en accusation, savait bien à quoi s’attendre. L’enjeu est trop important pour le Président, qui doit rassurer ses partenaires européens et enclencher son agenda de réformes de la zone euro (budget commun, super ministre des finances).

Grâce à cette lourde charge de la Cour, qui force le trait, le nouveau gouvernement pourra ainsi rejouer une scène bien connue. Celle de marteler aux Français, d’un ton solennel, que « l’heure est grave », ou bien que « la France dépense trop ». Bruxelles félicitera Macron et ses futures réformes « novatrices » et libérales, tandis que se prépare, dans quelques jours, le premier budget du quinquennat.

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