Et maintenant ? Vers un Front citoyen !

Des militants et sympathisants de toutes les tendances de la gauche appellent à créer les conditions de convergences et d’actions communes.

Collectif  • 28 juin 2017
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Et maintenant ? Vers un Front citoyen !
© photo : Michel Soudais

Emmanuel Macron a été élu président de la république après une campagne rocambolesque. Avec une abstention record, La République en marche a obtenu une très large majorité à l’Assemblée nationale.

L’union des forces de gauche n’a pu se faire pendant cette élection présidentielle malgré l’appel de nombreux militants (#1maispas3 ou autres), de nombreux médias, de nombreux mouvements, ONG, associations ainsi que du PCF. Situation unique dans l’histoire récente, la convergence idéologique entre les frondeurs PS, EELV et France insoumise était évidente, les divergences infimes au regard des enjeux. Malgré cela, la convergence n’a pu se faire et la gauche n’a pas été représentée au second tour.

Les auteurs :

Antoine Bonnet (FI), Aurélien Alphon-Layre (PCF), Alexis Villanova (votant Hamon), Laure Pascarel (PS), Jean-Pierre Hardy (Demain en Commun), Thomas Petit (Hamon), Sylvain Raiffaud (EELV), Nicolas Pagnier (PS), Olivia Christina (FI).

L’explication de cet aveuglement des appareils PS/EELV et France insoumise est nécessairement plurifactorielle. Au-delà des égos et des enjeux purement partidaires, les institutions de la Ve République ont joué un rôle important : elles tordent les résultats des législatives, tant en termes de représentation (aucune dose de proportionnelle) que de légitimité (du fait de l’inversion du calendrier entre présidentielle et législatives). Le vainqueur de la présidentielle ramasse donc la mise et élimine les vaincus… Comment se désister dans ce cas ?

La remise en question constitutionnelle, avec la VIe République, est, d’ailleurs, l’un des socles des plus forts de convergences entre « nous ». La fin de l’austérité budgétaire, la transition écologique, la question des réfugiés… Tant de points d’accord pour une véritable politique alternative en France.

Ceci dit, bien que les institutions de la Ve République ne permettaient pas de candidature unique à la présidentielle, cette candidature unique à gauche était tout à fait envisageable pour chaque circonscription des législatives. Pourtant, cette dernière campagne a été des plus catastrophiques.

La direction de la France Insoumise a tenu à proposer elle-même ses candidats partout, comme une organisation verticale, ne comprenant absolument pas que le vote pour Jean-Luc Mélenchon avait été pluriel (contestation, vote d’adhésion, vœu de renouveau politique, vote utile à gauche…) et, en grande partie, plus motivé par un projet démocratique que par la délégation de pouvoir à une organisation politique.

Le PCF, incapable d’incarner un mouvement progressiste dynamique dans l’imaginaire collectif et de mobiliser en dehors de ses forces historiques s’est retrouvé à semer la confusion. Donnant plus l’impression de suivre le vent pour se garantir des places que d’être capable de porter une alternative réelle.

Les écologistes peuvent se féliciter du fait que leurs enjeux ont irrigué les programmes des forces de gauche mais ils ont coulé avec le Parti socialiste et n’ont jamais su clairement se démarquer de leur « sœur ainée » à la renverse.

Et le mouvement citoyen dans tout ça ? Il a largement été détourné par Emmanuel Macron qui s’est évertué à promouvoir sa « société civile » (largement composée de petits patrons) qui n’a pas grand-chose à voir avec « la » société civile composée d’une myriades d’associations et de citoyens engagés sur chacun des territoires. Contrairement à ce que l’on observe en Espagne (où Barcelone et Madrid sont dirigées par des listes citoyennes), la société civile française ne s’est pas encore constituée en force politique.

Comment se mobiliser dans tous ce fatras ? Comment ne pas comprendre l’abstention massive et le découragement ?

Nous valons mieux que ce genre de règlement de comptes. Nous avons besoin d’espaces de militantisme dans lesquels communistes, socialistes et écologistes puissent se retrouver et converger. Nous avons besoin d’établir des synergies qui feront sens localement et seront portées par ceux qui les incarnent plutôt que par ceux qui sont affiliés à telle ou telle organisation qui aurait un rapport de force particulier à faire valoir. Il est temps de penser réellement les convergences vers un imaginaire collectif capable de porter l’alternative à cette pourriture libérale capitaliste.

Nous n’avons pas besoin d’attendre l’aval de nos dirigeants pour créer les conditions de nos convergences, des actions et des luttes que nous mènerons ensemble. Parce qu’unis nous pouvons rayonner et agrandir nos forces. Parce que nous ne sommes pas réduits à la division et aux disputes fratricides. Parce que nous valons mieux que ça.

Nous proposons de transformer feu le « Front de gauche » en un « Front citoyen » qui permettrait un élargissement sans renier nos valeurs. Un Front citoyen qui pourrait enfin se construire débarrassé de l’hégémonie mortifère du PS. La France insoumise en serait une force pivot incontournable, à condition de renoncer à ses apparentes prétentions hégémoniques. L’enjeu est historique pour l’avenir de notre démocratie.

Publié dans
Tribunes

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