Évaluations truquées,  un nouveau mode  de management

Politis révèle la banalisation d’une méthode dite de « ranking forcé », destinée à pressurer toujours plus les salariés. « On institutionnalise le harcèlement », témoigne un DRH.

Erwan Manac'h  • 14 juin 2017 abonné·es
Évaluations truquées,  un nouveau mode  de management
© photo : Klaus Ohlenschläger/picture alliance/DPA/AFP

Manipuler les évaluations professionnelles de ses salariés pour avoir, quoi qu’il arrive, une portion de canards boiteux… Cette méthode de management particulièrement déloyale, qui vise à mettre les employés sous pression, est illégale. Elle s’est pourtant généralisée depuis quelques années dans les grandes entreprises, selon une somme de témoignages et des éléments de preuve recueillis par Politis.

« Je l’ai vu presque partout où je suis passé, témoigne Didier Bille, directeur des ressources humaines ayant officié dans des multinationales, de la télécommunication à l’analyse médicale en passant par l’industrie automobile : Nortel, Federal-Mogul, General Electric, les laboratoires BioRade, Sogefi et NXP Semiconductors. Il y a des entreprises exceptionnelles, où le respect de l’individu est sacré, mais beaucoup font malheureusement n’importe quoi, en particulier dans les grands groupes. »

C’est dans l’industrie de pointe et les secteurs embauchant des flopées d’ingénieurs que la pratique dite de « ranking (ou « sous-notation ») forcé » est la plus répandue. Tournées vers les marchés financiers, ces entreprises cherchent aujourd’hui à réduire leurs effectifs en France, parfois pour délocaliser leur recherche en Inde ou en Chine. Et le ranking forcé est un moyen de pousser des salariés vers la sortie.

Le géant pharmaceutique français Sanofi fait figure d’exemple extrême. France Inter révélait le 9 juin des échanges de mails et des témoignages étayant des soupçons sur l’existence d’un plan secret émanant du « top management », destiné à pousser des salariés à la démission. Deux cents noms, dont 77 en France, figuraient même sur une « liste noire » révélée par le syndicat FO. Pour arriver à ses fins, le groupe, qui emploie 27 000 personnes en France, aurait utilisé les évaluations individuelles pour mettre les salariés visés sous pression. Sanofi dément formellement : le groupe évoque une initiative isolée d’un directeur et assure que son ranking n’a rien de forcé. Les consignes sont passées oralement, affirme en revanche un manager sur la

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