Face à Macron, la lutte sociale, vite !

Éric Beynel, porte-parole de l'union syndicale Solidaires, revient sur la fracture de représentation démocratique caractérisée par les législatives et dénonce la volonté du gouvernement d’imposer une loi travail étendue.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


La recomposition politique menée par Emmanuel Macron n’aura pas fait illusion longtemps sur la réalité de la politique menée par son gouvernement : c’est celle d’un ultralibéralisme assumé qui va encore un peu plus servir les intérêts des plus privilégiés, au détriment de la majorité de la population. Cette politique, pas nouvelle sur le fond, l’est sur la forme, avec la volonté de conduire la France comme une entreprise capitaliste au seul profit d’un conseil d’administration dont le Medef détient les clés.

La nouvelle chambre – élue par une petite minorité alors que, dans le même temps, les classes populaires et moyennes s’abstenaient massivement – est emblématique de cette fracture de représentation, avec une arrivée massive de personnalités issues du monde de l’entreprise et n’ayant à la bouche que la valeur travail.

Dans la même logique, c’est un Premier ministre issu de la droite qui use et abuse des procédés de communication d’un PDG et tente d’étouffer toute contestation. À ses côtés, la ministre du Travail, ex-DRH dans le privé, préfère, plutôt que d’assumer la défense des travailleuses et travailleurs, importer les pratiques managériales les plus dures dans la manière de conduire la concertation autour des projets d’ordonnances. Par exemple, elle engage des poursuites pour vol après la parution de documents dans la presse, prouvant le double jeu du gouvernement (et attestant au passage de la véracité de ceux-ci), ou elle somme les organisations syndicales reçues de ne rien dire au dehors du contenu des discussions… Pratiques détestables !

Si ce simulacre de concertation a peut-être convaincu certains syndicats, la réalité s’est vite imposée : une méthode d’adoption en accéléré, par ordonnances au cours de la période estivale, pour éviter tout mouvement de contestation.

Les nouvelles dispositions, sur lesquelles il faudrait faire mine de discuter, vont diminuer les droits des salarié(e)s et dégrader leurs conditions de travail, tandis que tous les moyens seront donnés au patronat : modification possible des salaires et des conditions de travail, voire du contrat de travail lui-même au niveau de l’entreprise, plafonnement imposé des indemnités prud’homales après un licenciement abusif, pour savoir enfin combien coûtera un(e) salarié(e) dont on se débarrasse ! Intégrées à ces projets, de nouvelles remises en cause des institutions représentatives du personnel (IRP), avec de nouvelles propositions de fusion d’instances. L’enjeu est clair, il vise la remise en cause du droit syndical existant. La santé et les conditions de travail pourraient être les grandes perdantes, avec la disparition du CHSCT.

Globalement, il s’agit d’un approfondissement des lois El Khomri, Rebsamen et Macron, et ce projet tend à déséquilibrer encore un peu plus le rapport de force entre salarié(e)s et patronat, pour la plus grande satisfaction du Medef.

Dans la foulée, le gouvernement s’attaquera à l’assurance chômage – et en particulier aux chômeurs, en réduisant leurs droits à indemnisation – et à notre système de retraites solidaire par répartition. Dans le même temps, pour tenter de museler le mouvement social, le gouvernement intégrera les mesures de l’état d’urgence dans le droit commun.

Le défi du syndicalisme dans cette période est immense, et nous avons la responsabilité collective de construire de manière urgente un réel contre-pouvoir et de réaffirmer la légitimité des luttes sociales.

Pour Solidaires, il faut partout et à tout moment convaincre de nos alternatives, reprendre la rue, être au plus près des salarié(e)s, chômeurs, précaires, étudiant(e)s, retraité(e)s et de l’ensemble de la population, que ce soit dans les entreprises, les administrations ou les lieux publics. L’union syndicale Solidaires est prête au combat !

Éric Beynel Porte-parole de l’union syndicale Solidaires


Haut de page

Voir aussi

Articles récents