Femmes sans toit ni droits

Avec ou sans enfants, parfois enceintes, souvent seules, de plus en plus de femmes sont prises en charge par le Samu social. Des associations luttent pour leur accès aux soins et aux droits.

Maïa Courtois  • 28 juin 2017 abonné·es
Femmes sans toit ni droits
© photo : ERWAN BALANANT/ADSF

Un petit bout d’homme ouvre la porte, vêtu d’un simple caleçon bleu. L’odeur d’humidité monte immédiatement au nez. Acre, envahissante. Il fait très chaud dans cette chambre, malgré la fenêtre ouverte. Rokia [1] a le pas lourd, les cheveux courts, le regard attentif. Un piercing à la narine, et des tatouages sur les bras. Elle a 18 ans, en fait 40. « Maman, maman, maman ! » Le garçon se roule sur le lit sans avoir l’air de souffrir de la chaleur. Il réclame l’attention de sa mère, trop occupée à discuter avec Clotilde, Aurore et Chloë, bénévoles de l’Association pour le développement de la santé des femmes (ADSF). Rokia est enceinte d’un deuxième enfant. Rencontrées durant une maraude le mois dernier, les jeunes femmes lui ont pris un rendez-vous à la maternité le 29 juin. « Mais le 29, je ne sais pas si je serai encore à Saint-Denis… » La jeune femme passe la main sur sa nuque, l’air ennuyé. « Ils vont m’envoyer un texto le 26, pour me dire ça… »

Chaque lundi, le couperet tombe, via un simple SMS. Dans cet hôtel Campanile, au cœur de Saint-Denis (93), des dizaines de personnes comme Rokia sont logées par le 115. Mais seulement pour une semaine, renouvelable jusqu’à un mois en moyenne. Le Samu social essaie de ne pas trop déplacer les femmes enceintes, mais impossible pour Rokia de se projeter sur le temps long. « Tant qu’il m’amène quelque part où il y a de la place, j’irai », souffle la jeune femme. Avant, Rokia vivait dans une famille d’accueil, aidée par la DDASS, les Affaires sanitaires et sociales. Mais à sa majorité, elle a tout perdu, et s’est retrouvée sans-abri. « Vous avez du déodorant ? »,

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société
Temps de lecture : 10 minutes

Pour aller plus loin…

La pollution, un impensé colonialiste
Analyse 6 février 2026 abonné·es

La pollution, un impensé colonialiste

Chlordécone aux Antilles, pénuries d’eau à Mayotte, aires d’accueil de gens du voyage contaminées, quartiers populaires asphyxiés… Les populations racisées paient le prix fort d’un racisme environnemental que l’écologie dominante peine encore à nommer.
Par Thomas Lefèvre
À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »
Reportage 6 février 2026 abonné·es

À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »

Depuis plus d’une décennie, l’association Da So Vas dénonce des conditions de vie alarmantes sur l’aire d’accueil en bordure de Lille et demande des solutions de relogement. Ce lieu est devenu un symbole du racisme environnemental subi par les gens du voyage.
Par Thomas Lefèvre
La mémoire fragmentée des enfants d’immigrés
Histoire 5 février 2026

La mémoire fragmentée des enfants d’immigrés

Marquées par les traumatismes de guerre, de racisme ou de pudeur, les histoires familiales des enfants issus des générations postcoloniales peinent à être partagées. Face à ces silences, les enfants héritent d’une mémoire fragmentée, et peinent à retrouver leur récit.
Par Kamélia Ouaïssa
Immigration : absents des plateaux, les premiers concernés créent leurs propres espaces d’expression
Analyse 5 février 2026 abonné·es

Immigration : absents des plateaux, les premiers concernés créent leurs propres espaces d’expression

Les médias dominants, ou mainstream, semblent aborder encore l’histoire coloniale et l’immigration à travers un regard dominant. Podcasts, médias indépendants et plateformes numériques deviennent alors des lieux de contre-récit, de mémoire et de réappropriation.
Par Kamélia Ouaïssa