Les dangers de la sécheresse mis au jour

Dans une étude, des universitaires américains détaillent les menaces mortelles des périodes de forte chaleur.

Claude-Marie Vadrot  • 26 juin 2017
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Les dangers de la sécheresse mis au jour
Photo : Au Kenya, la sécheresse tue le bétail.
© TONY KARUMBA / AFP

Tandis que les porte-parole de l’industrie du tourisme se réjouissent de la chaleur – tout en en souhaitant quand même un peu moins –, la nature et les hommes souffrent d’une sécheresse qui, elle, ne fait pas la une des médias, mais touche la France et toute l’Europe. En Afrique, la modification des températures extrêmes et du régime des pluies entraîne des surmortalités et des famines. La recrudescence des périodes de températures longtemps « anormales » n’est pas seulement une gêne provisoire et un fait divers, mais une catastrophe grandissante qui devient partout la norme.

Une équipe de scientifiques de l’université de Hawaï lancent l’alerte depuis des années dans ce domaine. Dans une étude publiée récemment dans la revue Nature Climate Change (N° 6 volume 7 de 2017, à lire ici), sous la direction du professeur Camilo Mora, ils écrivent : « Nous avons établi que les vagues de chaleur meurtrières sont au niveau mondial de plus en plus fréquentes. » Ils ajoutent un commentaire qui devrait même inquiéter le président des États-Unis :

Même si nous faisons mieux que les objectifs de l’accord de Paris, environ la moitié de la population mondiale sera exposée à ces vagues de chaleur meurtrières d’ici 2100 […] si les émissions de gaz à effet de serre n’étaient pas contenues et continuaient à augmenter à leur rythme actuel, ce seraient les trois quarts de l’humanité qui, au moins une fois dans l’année, se trouveraient dans cette situation d’ici à la fin du XXIe siècle.

Les scientifiques démontrent, preuves et statistiques à l’appui, que la chaleur tue déjà partout, même lorsqu’elle n’est pas ou plus officiellement qualifiée de « canicule ».

Villes surchauffées

Ces chercheurs insistent également longuement sur les dangers encore plus grands que courent les habitants de grandes villes comme Djakarta, Miami, Hong-Kong, Lagos, Manille ou Washington, et ont défini un « seuil létal » qui serait atteint entre 80 et 200 jours par an. Paris ou Marseille n’échappent à cette montée des risques : les agglomérations deviennent des pôles de chaleur, où les températures peuvent être supérieures de 5 à 7 degrés par rapport à leurs régions. Ils évoquent aussi les dégâts qui affectent et affecteront l’agriculture, donc les récoltes, et les économies des pays du Sud encore plus que celles des nations industrialisées.

Déjà, aux États-Unis comme en Afrique, en Asie et en Europe, les rendements agricoles sont partout à la baisse. En Afrique, par exemple, la culture du café est déjà en régression et donc menacée. La même catastrophe est en cours dans le nord de l’Inde avec le thé. Le soja, mais aussi les cultures traditionnelles sont touchées, aussi bien aux États-Unis qu’au Brésil et en Argentine.

Sécheresses et agricultures menacées

Ces diminutions des récoltes concernent aussi la plupart des régions françaises, qu’il s’agisse de légumes ou de céréales. Il faut d’autant moins de temps pour qu’une canicule ou une chaleur prolongées fassent des dégâts qu’elles ont lieu sur des cultures fragilisées par un début de printemps trop froid, avec des gelées nocturnes qui ont touché les arbres fruitiers en fleurs et des milliers d’hectares de vigne dont les pousses naissantes ont été grillées par le gel. Quant aux céréales, la vague de chaleur a arrêté leur croissance.

Les effets de ces brusques variations de températures sont souvent aggravées par les pratiques des cultures intensives. En effet, contrairement à ce qui ses passe pour le bio, ces dernières sont conduites hors du temps et de la météo grâce aux semences, d’engrais et de pesticides imposés par l’agro-chimie. Résultat : ces produits continuent de s’accumuler dans les nappes d’eau souterraines qui accusent déjà , en France et en Espagne, un fort et inhabituel déficit, comme de nombreuses rivières.

Écologie
Temps de lecture : 3 minutes
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